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Grand-Russe s’étendait librement dans le nord et l’est, s’établissait dans l’immense bassin du Volga, et, maître de presque toute la région des forêts, des grands lacs à l’Oural, redescendait dans la terre noire et dans les steppes le long du Volga et du Don. Entre ces deux élémens principaux s’en trouve un troisième moins important auquel l’histoire, comme la nature, a fait un rôle plus ingrat : c’est le Biélo-Russe ou Blanc-Russien, habitant, dans les gouvernemens de Mohilef, Vitebsk, Grodno et Minsk, une région qui possède quelques-unes des plus belles forêts de Russie, mais dont le sol souvent marécageux est en général peu favorable à la culture. Plus voisins des Grands-Russiens par leur dialecte, les Biélo-Russes ont été rapprochés davantage des Petits-Russiens par les vicissitudes politiques, et souvent les deux tribus sont réunies sous le nom de Russes occidentaux. De bonne heure sujette de la Lithuanie, dont son dialecte était devenu la langue officielle, la Russie-Blanche fut, comme la plus grande partie de la Petite-Russie, réunie à la Pologne, et pendant des siècles elle demeura entre celle-ci et les tsars de Moscou l’objet d’une lutte dont elle saigne encore. Les Blancs-Russiens sont des trois tribus russes celle dont le sang slave est le moins mêlé; grâce à la stérilité de leur sol et à l’éloignement de la mer, ils n’en sont pas moins demeurés la plus pauvre et la moins avancée en civilisation. Les Biélo-Russes comptent de 3 à 4 millions d’âmes, les Petits-Russes de 13 à 14 millions, les Grands-Russes de 36 à 37 millions.

Le Grand-Russien forme l’élément le plus vigoureux, le plus expansif, de la nation russe; c’est aussi le plus mêlé. Le sang finnois a laissé plus de traces dans ses traits, la domination tatare dans son caractère. Avant l’avènement des Romanof, il formait à lui seul tout l’empire des tsars de Moscou, qui ne prirent le titre de souverains de toutes les Russies qu’avec Alexis, père de Pierre le Grand. De là le Grand-Russien, désigné sous le nom de Moscovite, a été considéré par certains étrangers comme le vrai, le seul Russe. Ce nom, bien qu’usité en Russie même, est impropre, car le Grand-Russe, produit de la colonisation de la Russie centrale par les Russes occidentaux avant l’invasion des Tatars, est antérieur à l’état et à la ville de Moscou. Si de son sein est sortie l’autocratie moscovite, il est impossible de couper les liens qui lui rattachent la grande république slave de Russie, dont le nom est encore un symbole d’activité et de liberté, Novgorod. Le moins slave de tous les peuples qui prétendent à ce nom, le Grand-Russien, a été le grand colonisateur de la race slave. Flétri par ses ennemis du nom de touranien et d’asiatique, il a comme les autres Slaves eu son point de départ en Occident, dans la Petite-Russie, dans la Russie-Blanche et à Novgorod. C’est de l’Europe qu’il a marché vers l’Asie, c’est des sources