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septentrionale résisté à la germanisation. A cette branche finnoise appartiennent encore les Lives, qui ont laissé leur nom à la Livonie, et qui, refoulés par les Lettons et les Allemands, n’occupent plus qu’une étroite bande de terre le long de la mer, à la pointe septentrionale de la Courlande; à elle enfin se rattachent les Lapons, le plus laid physiquement, le moins développé moralement, des rameaux de cette branche, dont il a peut-être seul conservé le genre de vie et les traits primitifs. Il semble que les Lapons ont jadis occupé toute la Finlande avant d’avoir été repoussés par les Suomi dans les régions hyperboréennes où ils sont confinés aujourd’hui. Quelques autres peuples de la Russie, comme les Bachkirs, qui, forts de plus d’un demi-million d’âmes, habitent au pied de l’Oural les gouvernemens orientaux de la Russie d’Europe, doivent, pour le fond de leur population, être compris parmi les tribus d’origine finnoise, bien qu’ils soient musulmans et parlent une langue tatare.

Telle est l’extrême division de cette race professant toutes les religions, du chamanisme à l’islamisme, et de l’orthodoxie grecque au luthéranisme, menant tous les genres de vie, depuis celle du nomade lapon jusqu’à celle du cultivateur esthonien, ayant reçu le culte et parfois les langues des uns et des autres, partout dominée par des peuples d’origine étrangère, russifiée après avoir été en partie tatarisée, en sorte que tout s’est joint pour la réduire en fragmens impuissans. A considérer la répartition géographique de ces tribus, du gouvernement d’Astrakan à la Neva, on voit que tout l’ancien grand-duché de Moscou et les apanages voisins étaient compris dans leur ancien territoire. Leur diffusion apparaît encore plus grande, si l’on observe les noms géographiques, car dans beaucoup de contrées aujourd’hui entièrement russes les noms de lieux, de villages ou de rivières sont demeurés finnois. Moscou, comme plus tard Pétersbourg, comme avant elle Novgorod, a été bâtie en plein pays finnois. Il en a été de même de Souzdal, de Vladimir, de Tver, de Riazan, de toutes les capitales des kniazes russes. En présence de tels faits, il est permis de regarder, dans tout le centre et le nord de la Russie, l’élément finnois comme ayant une part considérable dans la formation de la population. Ce n’est pas seulement la distribution géographique des races et l’histoire qui conduisent à cette induction, ce sont aussi les traits du peuple russe. Sans cette marque anthropologique, on pourrait se demander si les colons qui ont apporté la langue slave en Russie se sont mêlés aux indigènes, ou si, comme les Anglo-Saxons en Amérique, ils les ont simplement repoussés en prenant leur place. Un examen attentif montre que l’un et l’autre phénomène ont eu lieu simultanément, et que, pour admettre l’un, il ne faut point rejeter l’autre. La répartition actuelle de leurs tribus fait croire que les Finnois ont été en