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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 août 1873.

La France est un bon pays, qu’on fait souvent parler comme on veut, à qui l’esprit de parti prête ses fanatismes, ses préjugés ou ses imaginations, et qui en définitive n’est ni aussi difficile à gouverner qu’on le dit, ni aussi facile à surprendre et à détourner de sa véritable voie qu’on le suppose. Cette société française, qu’on voit par instans si agitée, si troublée, si menacée en apparence, elle puise en elle-même, dans ses instincts, dans ses intérêts innombrables, dans sa raison intime, une certaine force d’équilibre qui l’aide encore à faire bonne contenance dans des crises où d’autres se perdraient.

Y a-t-il au monde un spectacle plus curieux que ce qui se passe depuis plus de deux années ? Voici une nation soumise à l’épreuve la plus extraordinaire, la plus imprévue. Elle est réduite en politique au plus strict nécessaire, à un provisoire toujours disputé, que chacun voudrait se hâter de clore, à la condition de le clore à son profit. M. Thiers disait un jour que le gouvernement définitif resterait aux plus sages. Les plus sages ne sont pas ceux qui font le plus de bruit. On n’en est pas précisément au règne de l’émulation de la sagesse entre les partis. En réalité, l’arène des compétitions est ouverte. Les uns s’efforcent de prouver à la France que république elle est, république elle doit rester, que c’est là sa vocation et son salut ; les autres lui démontrent qu’il n’y a que la monarchie traditionnelle ou constitutionnelle pour lui rendre la grandeur et la paix. Il en est même qui, profitant de la circonstance, lui proposent le rétablissement de l’empire tombé à Sedan. C’est le conflit de toutes les opinions et de toutes les prétentions qui se croient un droit égal à l’héritage ouvert dans un désastre. Cependant la France vit comme si rien n’était. Elle se relève par degrés des ruines de la guerre étrangère et de la guerre civile ; elle a trouvé dans les ressources accumulées par son travail de quoi payer la plus colossale indemnité, de façon à pouvoir aujourd’hui saluer l’heure prochaine où le dernier Alle-