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graves changemens pour l’avenir. Précisément un excellent volume de M. G. Boissonade vient de paraître, qui contient en résumé toutes ces réfutations et toutes ces réponses. L’Histoire de la réserve héréditaire est une de ces fortes et substantielles monographies telles que l’Académie des sciences morales et politiques sait les susciter, et telles que notre active école de droit historique, à l’exemple de ses maîtres, MM. Laboulaye, Giraud, Laferrière, nous en a donné plusieurs d’un grand prix [1]. On verra dans le livre de M. Boissonade comme dans celui de M. de Ribbe, les deux aspects se complétant l’un l’autre, combien l’ancienne France différait de la France nouvelle, à combien de graves objets touchent les réformes obtenues et les modifications qu’on souhaite, quelles grandes et belles questions sociales sont engagées en de tels débats, questions que nous ne prétendons pas traiter après que tant d’écrivains éminens les ont supérieurement examinées ici même [2]; notre but est plus modeste : nous ne voulons que signaler le cadre intéressant et nouveau dans lequel M. de Ribbe a enchâssé son étude; il nous sera permis en même temps, à propos des graves problèmes auxquels il touche, d’essayer de marquer où en est aujourd’hui certaine sorte d’agitation dont l’auteur est un des principaux organes. Cette agitation est solidaire des problèmes et des circonstances politiques qui nous assiègent; il importe plus que jamais de savoir quelles sont les diverses espérances, et de prévoir quelles conséquences inévitables, à l’insu peut-être de quelques-uns de ses promoteurs, tel ou tel projet de réforme ne manquerait pas d’entraîner.


I.

On appelait autrefois livres de raison, — et le nom ainsi que l’usage en subsistent sans doute encore aujourd’hui, — des registres de famille où chaque chef de maison prenait soin d’inscrire les chiffres représentant l’état et le développement de sa fortune (on sait que le vieux mot français raison veut dire compte, finance, comme l’italien ragione et le latin ratio). Ces chiffres n’allaient pas bien entendu sans de certaines explications : on y ajoutait les mentions et dates soit des conventions, marchés ou contrats ayant pour but de faire prospérer l’avoir commun, soit des naissances, mariages ou morts des divers membres de la famille. On résumait ou même on inscrivait intégralement les pièces authentiques, afin que, sous certaines conditions, elles pussent faire foi au même titre que les instrumens originaux; les testamens y figuraient ainsi que les

  1. L’étude de M. Gide sur la Condition privée de la femme par exemple.
  2. Voyez diverses études de MM. Léonce de Lavergne, Wolowski, Baudrillart, dans la Revue des 1er février 1856, 1er août 1857, 15 avril 1872, etc.