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qu’on se fait de lui, même après l’avoir admiré à Venise, où son nom rayonne.

Indépendamment des figures des déesses dont nous avons parlé, le Véronèse a peint dans un plafond circulaire en forme de coupole un Olympe qui représente, dans l’ensemble des fresques de la villa, la composition la plus importante. Les figures sont beaucoup plus grandes que nature. Au centre, une jeune femme assise sur un nuage représente l’Immortalité qui monte dans l’empyrée. Mercure la regarde le bras levé vers les cieux et son caducée à la main; Diane est au repos, appuyée sur son grand lévrier qu’elle caresse; Saturne, sous les traits d’un vieillard à barbe blanche, repose sa tête sur sa main droite et de la main gauche retient sa faux; Jupiter domine un peu la scène, que complètent Mars, Apollon, Vénus et le dieu Cupidon. Il n’y a pas là d’intention nouvelle qui mérite d’être signalée, mais autant par la noblesse de la forme que par la vivacité, la fraîcheur du coloris et l’audace des raccourcis, cette partie mérite d’attirer tout d’abord l’attention du visiteur. Au-dessous de la coupole, par un contraste qui plaît à son esprit et dont nous trouvons l’explication dans sa réponse aux inquisiteurs, l’artiste a déroulé la plus singulière des compositions, la moins en rapport avec le sujet qu’il vient de traiter. Il simule d’abord dans cette sorte de frise circulaire un appui à balustres qui coupe les figures à mi-corps; une vieille, ridée, vêtue à la mode de son temps, indique à une belle jeune femme, qui s’appuie sur le marbre, un jeune homme en pourpoint qui retient un chien prêt à s’élancer sur un page qui lit tranquillement. Un singe, un petit chien à longues oreilles et un enfant contemplant un perroquet forment un groupe qui complète la composition. C’est inattendu, plein de relief et de vie, traité avec cette sûreté de main qui distingue le Véronèse, et, à côté de l’Olympe, le contraste est frappant. Puis, revenant à l’allégorie dans les retombées des voûtes, l’artiste peint Cérès et Bacchus appuyés l’un à l’autre, les élémens et la naissance de l’Amour.

Les autres fresques représentent la Vertu bâillonnant le Vice, — la Force s’appuyant sur la Vérité, — l’Envie désarmant l’Abondance, — la Vérité couronnant un souverain. Puis c’est la Beauté, la Force, Cérès, Plutus, la Charité et la Foi. Enfin à l’extrémité de chacun des deux bras de la croix faisant perspective à très longue distance, une porte s’ouvre dans la muraille du fond, et d’un côté le Véronèse lui-même, en pied, un peu plus grand que nature, habillé en chasseur et suivi de son chien, semble entrer dans les stanze, tandis qu’à gauche sa femme, en toilette de gala, entr’ouvre une porte feinte.

Comme on le voit, c’est l’œuvre d’un fantaisiste; s’il l’a là des