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EXPLORATION SCIENTIFIQUE
DE L’ALGÉRIE

LA SOCIÉTÉ BERBÈRE.

La Kabylie et les coutumes kabyles, par MM. A. Hanoteau, général de brigade, et A. Letourneux, conseiller à la cour d’Alger, 3 vol. Imprimerie nationale. Paris 1873.

L’exploration scientifique de l’Algérie sera l’un des titres de gloire de la France au XIXe siècle, et la meilleure justification d’une conquête qui a mis en lumière chez la nation conquérante tous les talens, excepté ceux du colonisateur. Je n’ai le droit de parler que des sciences historiques. Dans cet ordre d’études, l’Algérie a vu s’élever une forte école, qui a su appliquer les plus solides qualités d’esprit à l’exploration ethnographique, linguistique, archéologique, épigraphique du sol nouvellement acquis à la civilisation. De la part de l’autorité militaire et de la population civile, le zèle a été le même; la rivalité ici n’a existé que pour le bien. Pas une période du passé de l’Algérie qui n’ait été l’objet de capitales recherches, d’importantes découvertes, dont plusieurs ont fort dépassé l’étroit horizon de l’histoire locale, et ont apporté à l’histoire générale du monde des dénuées de premier intérêt. On peut comparer ce qui s’est passé à cet égard dans notre colonie au spectacle que présente la Société Asiatique de Calcutta vers la fin du dernier siècle. A une époque où les études critiques étaient en décadence dans la mère-patrie, Calcutta eut Colebrooke, William Jones, grands esprits ouverts sans routine ni parti-pris aux directions nouvelles. Les colonies se formant d’ordinaire des élémens les plus indépendans d’une nation, il n’est pas rare de voir s’y développer ainsi avec un éclat tout particulier ce qui demande de l’intelligence ou de l’activité.