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les troupes qui étaient vers Sèvres, les réserves de Versailles, les bataillons de la division de landwehr de la garde, qui était un peu sur les derrières, — C’est sur ces positions ainsi défendues qu’on se proposait de marcher avec une masse de près de 90,000 hommes, comprenant 19 régimens de garde nationale et divisée en trois colonnes d’attaque. L’une de ces colonnes, avec un peu plus de 22,000 hommes, formait l’aile gauche sous le général Vinoy. Partant de la Briqueterie du carrefour du roi, elle devait suivre le chemin de fer de Versailles, enlever la redoute de Montretout, s’y établir, occuper la tête de Saint-Cloud, et de là menacer Garches. La colonne du centre, forte de 34,500 hommes et conduite par le général de Bellemare, devait partir de La Fouilleuse en avant du Mont-Valérien, aborder directement le parc de Buzenval, s’en emparer, puis se porter sur La Bergerie. La colonne de droite, sous le général Ducrot, comptait les trois divisions Berthaut, Susbielle et Faron, 27,500 hommes, et avait son point de réunion entre le moulin des Gibets et la maison Crochard. Tout en s’appuyant à Rueil pour faire face à La Malmaison, elle devait se partager elle-même en deux fractions, l’une chargée d’assaillir Buzenval par le nord en concourant à l’attaque du centre, l’autre inclinant vers la droite pour essayer de s’avancer en tournant les positions ennemies.

Tourner les positions ennemies, prendre à revers et faire tomber ces puissantes défenses, gagner le plateau de Jardy, occuper Marnes, Vaucresson, Roquencourt, c’était là le grand but. Une fois là, on tenait Versailles; mais il fallait y arriver, il fallait d’abord partir, et c’est ici que commençaient les contre-temps. Par son insistance pour hâter l’action, M. Jules Favre avait fait plus de mal qu’il ne le croyait, il avait préparé d’inévitables confusions. De plus les ordres définitifs n’arrivaient aux généraux que le mercredi, fixant les points de réunion, la direction des forces, le moment du départ. A six heures du matin le lendemain, sur un signal donné par le Mont-Valérien, on devait entrer en action. Au reçu de ces ordres, le général Ducrot comprenait aussitôt le péril; il y était d’autant plus sensible qu’étant resté en dehors de toutes les délibérations, croyant peu au succès, mais tenant avant tout à faire son devoir de combattant, il voyait qu’on lui rendait ce devoir difficile à lui particulièrement, qui avait à faire venir ses troupes d’assez loin, de Saint-Ouen. Sans perdre un instant, il se rendait au Louvre, il faisait remarquer au gouverneur qu’on marchait à une impossibilité matérielle, qu’il allait y avoir pendant la nuit sur les routes des encombremens affreux d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie. Le général Trochu sentait lui-même le danger, et il restait convenu que le Mont-Valérien recevrait l’ordre de retarder le signal d’une