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(koning), et qui paraissent avoir porté auparavant le titre romain de duc, qui signifiait chef militaire, étaient des officiers impériaux. Mérovée obéit aux ordres d’Aétius et de l’empereur ; Childéric, le père de Clovis, combat au nom de l’empire les Wisigoths et les Saxons.


II. — COMMENT LES FRANCS DEVINRENT LES MAÎTRES EN GAULE.

Il nous a été conservé une lettre adressée à Clovis par saint Rémi, archevêque de Reims. Elle ne porte pas de date ; mais le ton même qu’emploie le prélat, la nature des conseils qu’il donne et qui ne peuvent s’adresser qu’à un jeune homme, l’absence de toute allusion aux victoires de Clovis, à la puissance qu’il acquit, à sa conversion, tout prouve que cette lettre se rapporte au début de la carrière du chef franc et à une époque où il n’avait encore que « ce que lui avait légué son père. » Elle marque bien quelle était alors la nature de son autorité. « Nous avons appris, dit le prélat gaulois, que tu as pris en main, comme tes ancêtres, le commandement militaire. » C’est par cette expression qu’il désigne ce qu’on a depuis appela l’avènement de Clovis au trône. Clovis à ses yeux n’est qu’un chef de guerre. L’évêque ajoute, à la vérité, qu’il rend la justice, que, comme les fonctionnaires romains, il a un prétoire. Il est clair que tous les chefs militaires, dans les limites de leurs cantonnemens, avaient le droit de justice et l’autorité administrative ; mais le mot dont il désigne ce pouvoir du jeune chef est significatif : il l’appelle beneficium, terme qui dans la langue latine de ce temps-là signifiait une délégation, et ne pouvait s’appliquer qu’à cette sorte de pouvoir emprunté qu’on exerce au nom d’un autre. Quant au territoire que gouvernait Clovis, l’évêque ne l’appelle pas du nom de royaume ni d’aucun nom analogue ; il l’appelle province, et l’on sait que ce mot avait alors un sens fort différent de celui qu’il a de nos jours ; il désignait un territoire sujet et ne pouvait en aucune façon s’appliquer à un état indépendant. Nous pouvons juger par tout cela sous quel aspect la situation apparaissait aux contemporains. Saint Rémi regardait certainement Clovis comme subordonné à l’empire, et nous devons croire que les Gaulois, les Francs et Clovis lui-même pensaient comme le prélat.

On dit ordinairement que l’empire romain n’existait plus, à cette époque, qu’il avait disparu en 476. Cette manière de voir est tout à fait opposée à ce que pensaient les hommes de ce temps-là. Il faut remarquer en effet que, lorsque les différens chefs germains étaient entrés en Gaule ou en Italie, ils n’avaient jamais eu la pensée de renverser l’empire. Pour eux, l’autorité impériale était quelque chose de sacré qui leur semblait fort au-dessus de leur autorité