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constituer l’équilibre et la force du budget sont à l’étude depuis longtemps ; tout a été examiné. Il y a encore, il est vrai, quelques dissentimens entre la commission de l’assemblée et le gouvernement sur quelques-uns des impôts qui doivent être proposés ; la solution définitive des difficultés financières peut d’autant moins être retardée désormais qu’elle est le préliminaire indispensable de tout ce qu’on peut entreprendre pour la libération du territoire. Que faut-il donc pour aborder ces questions ? La connaissance des affaires, un grand esprit pratique sans doute, mais aussi et peut-être par-dessus tout de la sincérité, du désintéressement, la bonne volonté d’hommes mettant en commun leur patriotisme et leur zèle, écartant pour le moment toutes les tactiques et les arrière-pensées. C’est là peut-être le point le plus essentiel. Le gouvernement, mieux que tout autre, peut exercer une influence heureuse et donner une salutaire impulsion, justement parce que personne ne songe sérieusement à contester son autorité. S’il y a même un reproche à lui faire, c’est de trop douter quelquefois de cette autorité qu’il possède, de n’avoir pas assez de foi en sa propre force et de se croire obligé de recourir à une certaine habileté de manœuvre entre les partis.

L’assemblée, de son côté, doit plus que jamais s’attacher à comprendre son vrai rôle. Elle a fait l’expérience de ce que peuvent les incohérences, les diffusions et les tiraillemens de partis. La meilleure politique pour elle aujourd’hui, c’est d’accepter la situation telle qu’elle est, de se grouper et de se coordonner autour de ce gouvernement qu’elle a créé, non pour lui livrer son indépendance, mais pour le soutenir, pour lui communiquer au besoin son impulsion, pour le contenir quelquefois, et surtout il ne faudrait pas que, pour quelques circonstances ou quelques dissentimens secondaires, on en vînt à faire le vide autour de lui, à se réfugier dans une sorte d’expectative où l’on s’immobiliserait sans profit. Ce serait une dangereuse tactique, lorsque la première nécessité est au contraire de maintenir dans sa force cet accord de l’assemblée et du gouvernement, avec lequel on peut tout faire, et sans lequel tout devient difficile.

Cet accord de l’assemblée, de la majorité de l’assemblée et du gouvernement, il se retrouve naturellement dans toutes les circonstances essentielles, comme il s’est retrouvé l’autre jour dans cette discussion qui s’est élevée à propos de la participation de quelques maires aux banquets où M. Gambetta est allé figurer à Angers et au Havre. Ce débat n’était peut-être pas sans inconvénient ; le promoteur de l’interpellation, M. Raoul Duval, a su du moins éluder fort habilement ce danger en s’attachant à un seul fait, la participation de magistrats municipaux à des manifestations dirigées contre l’assemblée nationale elle-même, et M. le ministre de l’intérieur s’est empressé de désavouer très hautement, très résolument, les maires d’Angers et du Havre. Sur de telles