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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/986

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Le rôle du gouvernement actuel est de défendre la situation, dont il est le gardien, et le caractère de sa politique résulte précisément de cette attitude qu’il prend vis-à-vis des partis, surtout des déclarations de M. Thiers au sujet des agitations récentes du radicalisme. Ces déclarations restent évidemment aujourd’hui le fait important et décisif, parce qu’elles définissent mieux le terrain sur lequel on va se retrouver, parce qu’elles dissipent toutes ces obscurités, toutes ces méfiances, tous ces ombrages dont notre politique était encombrée, parce qu’enfin elles rendent naturel et facile le rapprochement de toutes les fractions modérées, dont les divisions ont fait jusqu’ici la faiblesse. M. Gambetta, sans le vouloir, a remporté cette victoire par son discours de Grenoble ; il a rappelé à toutes les opinions modérées le devoir et la nécessité de s’entendre pour mettre le pays à l’abri des hasards et des irruptions révolutionnaires. Il ne s’agit plus de discuter sur un nom, sur une forme. La situation qui nous a été faite, qui est le résultat de la force des choses encore plus que de la volonté des hommes, cette situation existe ; il s’agit de l’organiser, de l’affermir, de la régulariser par des institutions complémentaires, par une seconde chambre, par une vice-présidence, par une loi électorale, de telle façon que la France puisse aborder ave quelque feimeté les crises qui l’attendent encore. C’est là l’œuvre de la prochaine session de l’assemblée, et la campagne du radicalisme, en révélant le danger, aura fait beaucoup pour préparer les rapprochemens qui peuvent rendre cette œuvre fructueuse.

CH. DE MAZADE.


REVUE MUSICALE.

Qui vraiment s’intéresse à l’art aujourd’hui ? C’est une question qu’il devient impossible de ne pas s’adresser quand on fréquente les théâtres. Vous assistez à des représentations détestables, et la salle est remplie jusqu’aux combles. A quoi sert de vouloir protester en pareille circonstance, quand le public aftlue, applaudit, et qu’un directeur peut vous répondre : la preuve que tout est pour le mieux, c’est que je fais de l’argent ? À cet argument, il n’y a point en effet de réplique, et ce qui nous étonne, c’est qu’un directeur ne se dise pas que cette troupe, telle quelle, lui coûte encore trop cher, et qu’il en pourrait avoir une à moindres frais. Ce que nous avançons là n’est point pour chagriner l’Opéra, mais simplement pour constater ce fait regrettable, que le public de l’heure présente ou ne s’y connaît plus, ou n’a que de l’indifférence. Réagir contre tant d’ignorance ou d’apathie serait assurément une œuvre très méritoire, attendu que rien ne vous oblige à vous amender, ni le goût du public, ni les remontrances de l’administration