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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/958

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Français, Siméon, un vétéran de nos luttes révolutionnaires, qui, après avoir assisté au laborieux enfantement du nouveau droit français, était chargé d’en surveiller la transplantation en Westphalie. C’était un esprit libéral et étendu, un caractère probe et ouvert. Son titre de conseiller d’état de l’empire français lui donnait une grande situation en Westphalie. Quand la haute police osa faire une perquisition chez son collègue Bülow, Siméon seul dans le conseil du roi eut le courage de flétrir ces procédés. Il fut heureusement secondé, dans les travaux pour l’introduction du code civil et l’organisation des tribunaux, par plusieurs jurisconsultes allemands; dans les universités et les anciens tribunaux, il ne manquait pas d’hommes qui avaient suivi avec intérêt le progrès des idées nouvelles en-deçà du Rhin, et qui avaient fait une étude particulière des lois révolutionnaires et du code Napoléon. C’est le professeur Leist qui eut la plus grande part à la traduction de nos lois en allemand.

Chargé également du service des cultes, Siméon avait la double tâche de rallier les clergés indigènes à l’ordre de choses établi et de faire prévaloir les principes nouveaux de tolérance. Partout, excepté peut-être dans le Brunswick, sous la libérale administration de Charles-Guillaume, on avait vécu sous le régime des religions d’état. Dans la Hesse, c’était le protestantisme, dans les ci-devant évêchés c’était le catholicisme, qui étaient religions dominantes, quelquefois oppressives. Toutes les sectes s’unissaient pour persécuter et humilier les Juifs. Ces derniers avaient eu un commencement de réhabilitation dans le Brunswick, grâce au généreux Jacobson, un de leurs coreligionnaires, qui avait été le principal ministre du dernier duc. Jacobson continua son œuvre d’affranchissement sous la nouvelle domination. Il finit par gagner sa cause. Un décret du 27 janvier, par l’abolition des taxes spéciales imposées aux Juifs, acheva de leur donner l’égalité civile et politique. Le 8 février 1808, vingt-deux délégués juifs des huit départemens westphaliens se réunirent à Cassel pour remercier le roi Jérôme et le ministre Siméon. Trois jours après, un office religieux fut célébré à la synagogue en action de grâces. « Quelques Juifs d’un état voisin, dit le Moniteur westphalien, assistaient à cette fête avec des sentimens moins heureux et comparaient douloureusement la différence de leur sort à la même époque.» En janvier 1809, sur la demande du ministère westphalien, le roi de Saxe accorda aux sujets Israélites du roi Jérôme le droit de s’établir librement aux foires de Leipzig et de Nauembourg, et de vaquer à leurs affaires aux mêmes conditions que les chrétiens.

Les partisans des anciennes religions d’état ne manquèrent pas de se plaindre, sans voir que, s’ils perdaient un privilège dans tel