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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/955

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la queue formait le bord de la médaille. Une inscription servait de devise : Character und Aufrichtigkeit (caractère et loyauté). L’empereur voulut bien accepter pour le roi d’Italie, pour le prince-primat, pour Champagny, et porta lui-même la grand’croix en public.

Le portefeuille du ministre secrétaire d’état et celui des affaires étrangères étaient entre les mains de Le Camus. C’était lui qui avait accompagné autrefois Jérôme dans ses voyages d’Amérique, et qui avait été son confident dans l’affaire Patterson. L’éducation de ce jeune créole avait été fort négligée, il manquait des premiers élémens. Personne n’était moins fait pour diriger les affaires étrangères d’un état. Sachant peu, n’apprenant rien, ne travaillant pas, il ne pouvait avoir d’influence sur aucune question, ne cherchait même pas à en avoir, et on lui savait quelque gré de cette réserve. « Il est devenu nécessaire au roi, qui a pris avec lui une habitude d’intimité, et qui presque littéralement a besoin de sa présence pour s’endormir. Il ne fait guère d’autre mal que celui de ne faire guère de bien; c’est un excellent favori, c’est un mauvais ministre. » Seulement, comme le meilleur des favoris ne vaut rien, Le Camus coûtait horriblement cher. Un jour, le roi lui faisait don d’une terre avec 40,000 livres de revenu ; un autre jour, on créait pour lui la charge de grand-chancelier de l’ordre de Westphalie, avec 20,000 ou 30,000 francs d’appointemens. En revanche, il laissait la liste civile puiser à pleines mains dans les fonds des affaires étrangères.

On conçoit que la politique extérieure de la Westphalie ne devait pas avoir un grand essor, ni une grande liberté : Napoléon se chargeait de négocier et d’agir pour elle. Pourtant Jérôme avait des ambassadeurs à Paris, à Saint-Pétersbourg, à Vienne, à Dresde, à Munich, à Stuttgart, à Berlin, à Copenhague, à Darmstadt, à Francfort, à Carlsruhe. Toutes ces cours étaient également représentées à Cassel. Avec la cour de Saxe à cause de la solidarité d’intérêts, avec celles de Bade et de Wurtemberg à cause des liens de parenté ou d’amitié, on était en très bonne intelligence. Avec les petits états voisins, Jérôme était hautain et menaçant: on sentait qu’il n’avait pas perdu l’espérance de s’annexer ou de se subordonner les principautés de Thuringe, d’Anhalt, de Waldeck, etc. Tantôt il représente à Napoléon les habitans de Francfort comme animés de sentimens antifrançais et le prince-primat comme « tombé en enfance; » tantôt il lui envoie une carte dressée de sa propre main pour lui montrer « de combien son royaume est découpé et quelle irrégularité présentent ses frontières. » Le plus affairé de tous les ambassadeurs westphaliens, c’était celui de Berlin, M. de Linden, « espèce de furet politique qui recueille tous les bruits et tous les faits concernant la malveillance du cabinet ou des sujets de Prusse.»