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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/952

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obligée de réduire son armée de 200,000 hommes à 42,000 hommes. On peut croire que les militaires de la rive gauche de l’Elbe accueillirent avec joie les offres westphaliennes; beaucoup d’hommes, même des provinces conservées à la Prusse, vinrent s’enrôler. Ils apportaient dans l’armée nouvelle d’excellentes habitudes militaires, mais d’amers ressentimens. Jérôme se montra libéral, ceux des officiers qu’on ne put placer immédiatement reçurent une solde d’attente (wartegeld). Malgré la constitution nouvelle, qui supprimait les privilèges nobiliaires, il fallut bien se résigner à composer le corps d’officiers, pour les deux tiers, de nobles des anciennes armées. Les écrivains allemands eux-mêmes sont forcés de constater qu’en 1808 les réformes du roi furent très bien accueillies dans les régimens de nouvelle formation. On ne trouvait plus trace des résistances ou de la mauvaise volonté qu’on avait opposée aux enrôlemens de Lagrange; on avait cessé d’espérer ou de craindre le retour de l’électeur. Ce n’était pas encore la fermentation nationale de 1813; à défaut de la patrie allemande, on se trouvait bien dans la patrie westphalienne. Les Juifs surtout, qui pour la première fois arrivaient à des grades d’officiers, étaient pleins de ferveur pour la constitution nouvelle; les Niepce et les Wolff comptaient parmi les plus dévoués et les plus brillans militaires de l’armée [1].

On introduisit dans la nouvelle armée les règlemens de service et les exercices à la française. Les commandemens se faisaient en français pour la garde et les corps d’élite, en allemand pour les troupes de ligne. Cette armée, où l’on apprenait l’art de la guerre à la première école du monde et sous les généraux de la grande armée, où l’officier et le soldat s’imprégnaient d’idées égalitaires et françaises, où le catholique de Paderborn, le luthérien de la Hesse, le calviniste de la Prusse, le juif de Cassel, étaient soumis aux mêmes obligations et jouissaient des mêmes droits, où les habitans de tant de provinces jadis étrangères l’une à l’autre se confondaient sous les plis du même drapeau, eût été assurément le meilleur instrument d’unification et de transformation pour la Westphalie, si on lui avait laissé assez de temps pour accomplir son œuvre.

Il est certain que Napoléon n’avait pas pressé l’organisation d’une armée westphalienne pour fournir à son frère les moyens de jouer aux soldats. Jérôme alla au-devant de ses désirs. Dès le 12 septembre 1808, il mit à la disposition de l’empereur son régiment de chevau-légers, fort de 550 hommes. « Lorsque, pour les tranquilliser, écrit-il, je leur ai fait dire qu’il n’était pas certain qu’ils aillent

  1. L’auteur des Mémoires estime qu’un quart des officiers westphaliens étaient des Français ou des Polonais. Parmi les soldats, il n’y avait d’étrangers qu’environ 1,100 Hollandais.