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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/946

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En résumé, par le traité de Berlin, Napoléon enlevait à la Westphalie 7 millions de revenus, 20 ou 30 millions de créances sur les princes allemands ou étrangers, 26 millions de contributions extraordinaires, 8 millions d’impôts ordinaires. Il ruinait financièrement sa propre création. Il condamnait l’état modèle à vivre d’expédiens, à pleurer misère, à tenter inutilement des emprunts, à laisser ses engagemens en souffrance, à côtoyer perpétuellement la banqueroute, et cela au moment même où il allait exiger de lui les efforts les plus extraordinaires pour soutenir son aventureuse politique [1]. A toutes les lettres larmoyantes de Jérôme, il répondait gaillardement : « Je n’entre pas dans ces détails... Cet ordre que l’on veut mettre dans le budget est de l’enfantillage... Ces circonstances ne sont point nouvelles pour moi. J’ai été deux ans en France sans finances. Le roi de Naples commence à peine à régulariser les siennes. En Italie, j’ai été ainsi six ans, etc. [2]. »

En attendant, le budget du royaume de Westphalie s’établissait, pour la première année de son existence, de la manière suivante : 1° l’arriéré de l’année 1807, évalué à environ 8 millions; 2° les dépenses probables de 1808, à 35 millions; 3° 20 millions à payer sur la contribution de guerre : total, environ 60 ou 70 millions de dépenses. Or les revenus de cette année ne montaient pas à plus de 20 ou 30 millions : c’était un déficit d’environ 40 millions.

Les états de 1808 avaient autorisé un emprunt de 20 millions, que deux de leurs membres devaient aller négocier en Hollande. Malheureusement le crédit du royaume était fort mal établi. En outre, à ce moment même, l’empereur Napoléon ouvrait pour son propre compte un emprunt en Hollande; il fallut bien lui céder le pas. On trouva seulement quelque 1,800,000 francs à emprunter à des Juifs de Cassel. Enfin le ministre Bülow résolut de recourir à un emprunt forcé de 20 millions. On émit 100,000 obligations de 200 francs, et tout sujet westphalien, en proportion de sa fortune, dut souscrire depuis une demi-obligation jusqu’à 100 obligations. Malgré les primes offertes aux souscripteurs qui s’empresseraient d’opérer les versemens, malgré les flatteries, les menaces, les promesses des décrets royaux, l’emprunt ne fut couvert qu’à moitié. Jérôme avait donc bien raison d’écrire à son frère : « Il est certain que le royaume de Westphalie ne peut résister plus de six mois au mauvais état de ses finances (3 février 1809). »

Aux états de 1810, Bülow put enfin présenter un budget parfai-

  1. La Westphalie, de 1807 à 1813, ne vécut que d’expédiens qui semblent renouvelés des époques les plus besoigneuses de notre histoire financière : emprunts usuraires, confiscation des biens des couvens, aliénation des domaines ou du produit des mines, retenues sur les rentes et les traitemens, etc.
  2. 4 janvier 1808.