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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/902

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nature de ses ingrédiens, surtout du plus important de tous, la matière albuminoïde. Cette dernière, qui est la partie essentielle et nutritive du sang, la partie plastique, grâce à laquelle il rend aux tissus épuisés le corps et le ressort, subit alors une altération profonde dans l’intimité même de sa constitution moléculaire. Elle ne change pas notablement d’aspect physique, mais elle perd ses propriétés organiques normales. Elle devient incapable de jouer le rôle réparateur qui lui est dévolu. De quel genre est cette corruption de l’albumine? Voilà ce qu’on ne saurait dire tant qu’on ignorera la nature de cette même albumine à son état normal. En d’autres termes, il n’y aura lieu d’entrer dans l’étude des corruptions du sang qui constituent les maladies infectieuses que le jour où le sang de l’homme sain sera convenablement connu, c’est-à-dire où l’on aura établi avec une définitive précision chimique la nature des substances albuminoïdes. Là est, pour le moment, le grand desideratum de la biologie. La chimie est très avancée, la physiologie se développe; ce qui reste stationnaire, ce sont les questions qui marquent la transition de ces deux sciences, et dont la solution, indifférente peut-être à la première, serait pour la seconde la source des plus désirables clartés. La nutrition ne sera expliquée que lorsqu’on établira avec certitude la formule des transformations par lesquelles passe l’aliment depuis l’instant où il est dissous dans l’estomac jusqu’à celui où il est rejeté sous forme de produits de désassimilation par les divers émonctoires. Une telle explication ne serait pas seulement la clé des difficultés physiologiques qui arrêtent encore les savans, elle serait d’un bénéfice considérable pour la connaissance des maladies et surtout, — ceci nous ramène à notre sujet, — pour celle des maladies infectieuses. C’est donc vers l’étude des matières albuminoïdes et des métamorphoses complexes, précipitées et infinies qu’elles subissent dans le sang, que doivent se tourner aujourd’hui les chercheurs compétens. Ceux qui l’entreprendront ne mériteront pas le reproche de s’engager sur une route battue, car ils auront tout à créer, à commencer par les méthodes. A l’heure qu’il est, on n’a pas encore comparé et l’on ne saurait pas encore comment comparer, au point de vue de l’élaboration moléculaire dont ils ont été le siège, deux échantillons de sang pris en deux points du corps. Quand on connaîtra la constitution de l’albumine et quand on sera en mesure de faire la comparaison qui vient d’être indiquée, la question des maladies infectieuses ne sera pas loin d’être élucidée, et le choléra ne sera plus un lugubre mystère.


FERNAND PAPILLON.