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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/787

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l’est et à l’ouest, les armées marchaient pour se rencontrer, on touchait à des événemens décisifs.

C’est le 1er janvier 1871 que le prince Frédéric-Charles recevait définitivement de Versailles l’ordre de reprendre la campagne par une vigoureuse offensive contre l’ouest, et il se remettait aussitôt en mouvement, laissant une division hessoise à Orléans, se reportant lui-même sur le Loir avec toutes ses troupes, qui, réunies de nouveau aux forces du grand-duc de Mecklembourg, menaçaient Le Mans d’un formidable assaut concentrique. Dès le 6 janvier, les Allemands étaient en pleine marche. Tandis que le grand-duc de Mecklembourg restait chargé de descendre par la ligne du chemin de fer et de gagner la vallée de l’Huisne, le IXe corps prussien, arrivé à Fréteval, devait s’avancer par Danzé et Épuisay ; le IIIe corps, débouchant par Vendôme, devait gagner Azay et la route de Saint-Calais ; le Xe corps, placé plus bas sur le Loir, avait sa direction par Montoire. Les forces que le prince Frédéric-Charles conduisait à cette entreprise nouvelle devaient atteindre près de 80,000 hommes : c’était beaucoup contre une armée peut-être plus nombreuse, mais d’une incohérence à désoler les chefs les plus habiles. Ce terrain du Perche et de l’Huisne, où les Allemands s’engageaient, était justement celui que sillonnaient depuis quelques jours nos colonnes mobiles, de sorte qu’on devait inévitablement se heurter à chaque pas. A mesure que l’ennemi s’avançait, les chocs se multipliaient et devenaient de plus en plus vifs. On se battait un peu sur tous les points, à Courtalin, à Nogent-le-Rotrou, sur la ligne de Paris, à Vancé, à Songé, à Courtiras, à Chahaignes, dans la région du Loir, et quelques-uns de ces combats, comme celui d’Azay, étaient des plus meurtriers pour les Prussiens. Cette agitation, encore à demi obscure, semblait même assez grave au général Chanzy pour qu’il crût devoir envoyer l’amiral Jauréguiberry à Château-du-Loir, en le chargeant de prendre la direction de tous ces détachemens mobiles qui erraient dans le Perche. Malheureusement les colonnes, un peu éparses, ne pouvaient que se replier en se battant, serrées de tous côtés par les masses allemandes, qui gagnaient du terrain d’heure en heure, si bien que le 9 janvier la situation prenait tout à coup un caractère des plus sérieux.

On n’en pouvait plus douter : l’ennemi s’avançait sur Le Mans de toutes parts. Déjà il se montrait à Connerré et à Thorigné sur l’Huisne, à Ardenay sur la route de Saint-Calais, à Grand-Lucé, à Parigné-l’Évêque sur les routes de Vendôme ou de Tours. Il chassait devant lui tout ce qu’il rencontrait, et ce qu’il y avait de plus grave, c’est que les troupes françaises, fatiguées et harcelées, commençaient à s’émouvoir ; elles rentraient dans nos lignes un peu en