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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/786

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général de Curten allait jusqu’au-delà du Loir. Pendant ce temps, que faisait l’ennemi ? Quelles dispositions prenait-il de son côté ?

Les Allemands, après la bataille de Vendôme, n’avaient pas perdu de vue l’armée de Chanzy, ils l’avaient suivie dans la première étape de sa retraite ; mais ils s’étaient arrêtés presque aussitôt, d’abord pour réparer leurs forces par un repos dont ils sentaient autant que nous la nécessité, et puis parce qu’avant de s’engager dans l’ouest ils tenaient à voir se débrouiller les événemens. Ils avaient l’œil sur Bourges, et se demandaient ce que devenait Bourbaki avec son armée. Tant que la situation n’était pas éclaircie de ce côté, ils ne voulaient pas s’éloigner trop de la Loire. Une halte de quelques jours leur donnait le temps de se reposer et de démêler plus distinctement ce qui allait se passer. Pour le moment, aussitôt après le 15 décembre, le prince Frédéric-Charles s’était replié sur Orléans avec une partie de ses troupes du IIIe et du IXe corps ; le grand-duc de Mecklembourg était allé camper à Chartres avec sa fraction d’armée, observant la ligne de Paris au Mans, jusque vers Nogent-le-Rotrou. Il n’était resté à Vendôme que quelques forces du Xe corps pour couvrir les abords du Loir et surveiller le Perche, tandis que la plus grande partie de ce corps, sous le général Voghts-Rhetz, allait se présenter devant Tours sans l’occuper et sans pousser plus loin ses entreprises. Durant ces quelques jours, les Allemands se tenaient assez tranquilles et se bornaient à des courses d’éclaireurs dans le rayon de leurs cantonnemens.

Cette immobilité d’ailleurs, il faut bien l’avouer, ne cachait ni trouble ni hésitation chez eux. Ils avaient l’orgueil de leur force, la confiance des victorieux. Ils voyaient bien qu’ils n’étaient pas au bout, qu’ils allaient encore avoir à faire quelques rudes efforts ; mais ils se croyaient en mesure de tenir tête à toutes les difficultés, dussent-ils avoir à poursuivre Bourbaki dans l’est et Chanzy dans l’ouest ; c’était en effet ce qui se préparait. Assurément, si la marche de Bourbaki vers l’est avait eu ce résultat heureux de jeter de l’indécision dans les conseils allemands et d’attirer le prince Frédéric-Charles, Chanzy, resté seul en face du grand-duc de Mecklembourg, aurait pu se promettre quelque succès. Il n’en était rien. C’est au contraire en pleine connaissance de ce mouvement que le quartier-général de Versailles, fixé désormais, se décidait à déployer toutes ses forces, à frapper les grands coups, envoyant le général de Manteuffel dans l’est, tandis que le prince Frédéric-Charles, n’ayant plus rien à craindre sur la Loire, devait se lancer, et cette fois à fond, sur Chanzy. Ainsi de toutes parts on sentait l’approche de la crise suprême. Le bombardement de Paris venait de commencer ; à