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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/770

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sang-froid, rudoyant quelquefois les propagateurs de paniques, il ne sentait pas moins le danger croissant de la situation.

Dans cette extrémité, il y avait, il est vrai, un moyen qui aurait pu tout sauver, et ce moyen, le commandant en chef de la deuxième armée de la Loire le connaissait bien : c’eût été une diversion tentée sur la rive gauche ou sur un point quelconque de la ligne de la Loire par l’armée du général Bourbaki. Assurément, si le 18e et le 20e corps avaient pu se porter de nouveau sur Gien, ils auraient retenu le IIIe corps prussien, que le prince Frédéric-Charles rappelait à Orléans, et le prince lui-même eût hésité peut-être à s’engager contre Chanzy. Si, à défaut de ce mouvement, le général Bourbaki avait pu se jeter avec quelques divisions dans la direction de Blois par Romorantin, il eût arrêté les Allemands et dégagé la deuxième armée. Si tout cela eût été possible, bien des malheurs auraient été épargnés, c’est évident ; mais c’était impossible dans l’état de décomposition et de démoralisation des corps de Bourbaki ramenés à Bourges. On avait de la peine à rattraper ces malheureuses troupes, qui s’enfuyaient sur tous les chemins jusqu’à Limoges. La débandade était complète pendant que le gouvernement annonçait gravement au pays dans ses dépêches que « la retraite s’effectuait en bon ordre, » que l’armée avait repris « d’excellentes positions. » Assailli, menacé de toutes parts, et d’ailleurs peu au courant de l’état moral des corps qui en ce moment atteignaient à peine Bourges, Chanzy s’adressait au gouvernement comme au général Bourbaki, dépeignant en traits saisissans l’extrémité où il se trouvait, précisant ce qu’il y avait à faire. Le 10 au soir, il disait : « Le mouvement qu’il est possible et indispensable de faire pour rétablir, coûte que coûte, notre situation est le suivant : marcher de Bourges sur Vierzon, pousser le gros de la première armée par Romorantin sur Blois, prendre position entre la Loire et le Cher pour intercepter les communications de l’ennemi entre Orléans et son armée, engagée sur Tours, de façon à couper cette dernière de sa base d’opération. Si ce mouvement se fait, je me charge de tenir sur la rive droite de la Loire… » Au général Bourbaki lui-même, il écrivait quelques heures après : « Établi entre la forêt de Marchenoir et la Loire, je lutte depuis cinq jours du matin au soir avec le gros des forces du prince Charles. L’ennemi n’a que peu de monde à Orléans, un corps qui ne dépasse pas bien certainement 20,000 hommes du côté de Vierzon, et un autre de 12,000 à 15,000 qui menace Blois, Tours… Marchez donc carrément et sans perdre une minute ; ma position est des plus critiques, et vous pouvez me sauver. »

On ne répondait pas à cet ardent appel. M. Gambetta avait beau se démener, aller de Josnes à Bourges, du camp de Chanzy au camp