Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/681

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plaintes sur l’impunité trop habituelle de la séduction, sur la trop grande indulgence avec laquelle est traité l’adultère de l’homme. Les plus modérés d’entre les émancipateurs ont un remède tout trouvé non-seulement pour ce dernier cas, mais pour tous les cas où le mariage n’offre pas l’image de l’harmonie : c’est le divorce rendu facile. Il est très douteux qu’ils entendent mieux ici qu’ailleurs le véritable avantage de la femme, si puissamment intéressée à l’indissolubilité du lien conjugal, hors un petit nombre de cas auxquels la séparation de corps suffît le plus souvent à obvier. Dans toutes ces questions, la situation de la femme pauvre nous paraît mériter d’être prise en considération plus peut-être encore que celle de la femme de la classe riche et de la classe moyenne. Elle est trop souvent livrée aux mauvais traitemens. Si dans la classe supérieure la femme obtient du mari des respects et des égards habituels, si le temps n’est plus où Beaumanoir écrivait « qu’il loist à l’homme de battre sa femme sans mort et sans méhaing (mutilation), » et prenait soin d’indiquer comme donnant ce droit les cas où elle ne veut pas obéir, où elle le maudit, où elle le dément, dans les classes ouvrières les mauvais traitemens allant jusqu’aux voies de fait ne sont pas rares. La séparation n’est-elle pas un remède bien héroïque? Peut-on espérer d’arriver à une répression efficace de ces odieux abus de la force? n’est-ce pas encore ici l’affaire moins de la loi que du progrès des mœurs?

On peut concéder aussi que dans les classes riches ou aisées les dispositions légales relatives à la possession et à la disposition des biens restreignent trop à certains égards la part d’action laissée aux femmes. Il n’est que trop possible à un mari, qui peut-être doit tout à sa femme, de lui tout ôter, jusqu’à ses moyens d’existence. Des esprits pratiques, des jurisconsultes, inclinent à penser qu’il serait juste de réserver à la femme une partie de sa dot et de lui en laisser l’administration. Il y aurait là, selon eux, pour les femmes, une utile initiation à l’intelligence des affaires, une garantie contre les prodigalités ou les entreprises ruineuses du mari. Une telle mesure serait facilitée chez nous par le développement de la richesse mobilière. N’en trouve-t-on pas jusqu’à un certain point l’analogue en Angleterre? Les femmes, trop souvent annulées par l’omnipotence du mari, y trouvent une sorte de garantie dans la sage précaution qui fréquemment remet la dot à des fidéicommissaires, lesquels n’en servent que le revenu. Il ne faut pas non plus qu’à force de traiter la femme en incapable on la rende telle. C’est aller bien loin peut-être que de remettre, comme nous le faisons en France, au mari toute l’administration des immeubles particuliers de la femme, que d’interdire à la femme de signer un bail, d’aliéner même ses biens paraphernaux sans le consentement de son