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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/671

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controverse montre par les titres de quelques ouvrages que les prétentions féminines n’ont rien perdu de leur force. Elles s’étalent fastueusement dans ce titre d’un livre publié en 1643 : « La femme généreuse qui montre que son sexe est plus noble, meilleur politique, plus vaillant, plus savant, plus vertueux et plus économe que celui des hommes. » En 1665, une demoiselle publie un livre intitulé les Dames illustres, où, par bonnes et fortes raisons, il se prouve que les femmes surpassent les hommes. En 1673, autre ouvrage sur « l’égalité des deux sexes, discours philosophique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés. »

Les plaidoyers en faveur des femmes s’expliquent fort bien à cette époque, autrement même que par un reste de chevalerie. Le moyen âge, sous certains rapports, avait relevé la femme, peut-être même sans mesure, comme lorsqu’il concédait à l’héritière d’un fief le droit de présider aux jugemens civils et criminels, de battre monnaie, de lever des troupes, d’octroyer des chartes, etc. Plus souvent il l’avait rabaissée avec moins de mesure encore. La renaissance, en faisant passer sur le monde un souffle de science et de liberté, en étendit le bénéfice aux femmes, surtout sous le rapport intellectuel. Elles entrèrent plus avant et plus fréquemment dans le mouvement des idées et des études. On vit des femmes prêcher et se mêler de controverses, soutenir publiquement des thèses, remplir, en Italie surtout, des chaires de philosophie et de droit, haranguer en latin devant des papes, écrire en grec et étudier l’hébreu. De là ces écrits qui souvent ne font que rendre hommage à des aptitudes intellectuelles trop dénigrées. Les uns sont empreints du ton sérieux de la conviction, les autres portent les livrées de la mode, tournée vers ces jeux d’esprit qui remplaçaient les tournois et les passes-d’armes. Les femmes trouvèrent aussi de nouveaux Plutarques pour raconter leurs hauts faits, comme Plutarque lui-même en a donné l’exemple plus d’une fois dans ses œuvres morales. On sait que Brantôme a célébré leurs mérites, de même qu’il s’est complu, dans un autre livre malheureusement plus connu, à étaler leurs scandales. Tous n’ont pas cette habileté de plume et n’offrent pas ces proportions modérées de développement. Un Hilarion de Coste, minime, publiait deux volumes in-quarto de huit cents pages, chacun contenant les éloges de toutes les femmes, du XVe au XVIe siècle, distinguées par la valeur, les talens ou les vertus. Il n’avait trouvé à y louer que cent soixante-dix femmes. Cela parut trop peu à l’Italien Pierre-Paul de Ribera. Il augmente le nombre, le porte plus d’au quadruple dans son livre des Triomphes immortels et entreprises héroïques de huit cent cinquante femmes. Huit cent cinquante héroïnes ! quel panégyriste avait jamais traité les hommes avec une pareille libéralité?