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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/659

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la gloire des Galilée et des Newton ne seraient pas trop pour ce bienfaiteur, pour cet inventeur aussi grand que hardi. Combien nous serions insensés et coupables de ne pas le comprendre et de ne pas le suivre !

Aussi ne demandons-nous pas mieux que de prêter l’oreille; idées neuves ou vieilles, nous écouterons tout. Les jugemens sévères qu’on prodigue à la moitié masculine du genre humain, nous les recueillerons avec une humilité attentive; il peut y avoir des vérités à tirer de ces véhémens reproches. Nous ne réclamons que le droit de ne pas nous donner tort à la légère. Accordons tout ce qui est juste, mais sans céder à l’exagération violente, à la passion du paradoxe et à l’amère censure de tout ce que le passé a consacré, de tout ce que le présent veut maintenir.

Nous voudrions d’abord constater l’étendue, sans la surfaire, sans la diminuer, de ce qu’on nomme le mouvement émancipateur. Cette question de la femme, on en trouve partout la trace, même en Russie, comme on a pu s’en convaincre dans plus d’un congrès international, où les dames moscovites qui s’y étaient mêlées n’ont pas paru les moins imbues d’idées radicales, parfois follement excentriques; mais il est visible que l’Angleterre, les États-Unis et la France sont les principaux théâtres de cette campagne. Les moyens de propagande diffèrent à quelques égards comme chacun de ces peuples, qui y met son tour d’esprit, son humeur. Au fond, la question revêt partout à peu près les mêmes termes. Peu importe qu’elle s’attache là plutôt aux droits politiques, ici de préférence aux droits civils. Les principes invoqués sont les mêmes; les conséquences ne paraissent pas devoir différer sensiblement.

Il y a plus d’une raison de commencer cette revue par l’Angleterre. Non-seulement il vient de s’y publier un manifeste théorique signé du nom de son principal économiste, qui est aussi un de ses publicistes les plus éminens, manifeste qui fournit une base philosophique à l’examen, mais le mouvement émancipateur n’y manque pas d’étendue, et il y apparaît avec un caractère pour ainsi dire législatif. C’est par voie de pétitionnement que la campagne se fait, et c’est devant le parlement que la question est portée. Un tel mouvement, assez puissant pour faire regarder des concessions comme possibles, plusieurs n’hésitent pas à dire comme vraisemblables et prochaines, prouve à quel point s’est modifié l’esprit de l’Angleterre. Ce vieil esprit biblique et protestant se laisse donc aussi bercer par la sirène moderne ! Il prête, lui aussi, l’oreille à ce mot d’émancipation, où il eût vu un blasphème il n’y a guère plus de cinquante ans! N’exagérons rien. Le projet de loi qui sert d’objet au pétitionnement ne se présente pas au premier abord sous l’aspect d’une théorie. Il s’agit bien sans doute de faire voter les femmes, mais sous