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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/653

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Blois à Mendoza : « Nous ne manquons d’avertissemens de toutes parts qu’on veut attenter à ma vie. J’y ai, grâces à Dieu, tellement pourvu, que... si l’on commence, j’achèverai plus rudement que je n’ai fait à Paris; mais je patienterai tant que je pourrai pour ne donner point de sujet à l’ouverture des états. » Le malheureux! avait-il oublié le cabinet? Le 24 septembre, il écrivit au même : « Les troupes qu’on attend ne me font point peur. Je pourvoirai à ma sûreté avec l’aide de Dieu et l’assistance de mes amis. Vous arriverez à temps pour juger de ce qui en peut succéder... Le roi, ayant reconnu ce que je puis, m’a fort prié de m’employer pour ses intentions. » Le même jour, Mendoza mandait à Philippe II : « J’ai prévenu de nouveau Mucius de se tenir sur ses gardes avec beaucoup de vigilance. C’est un avertissement que je donne bien souvent à ses amis;... mais, à moins que le roi ne l’attaque lui-même dans son cabinet, ce que la timidité naturelle de ce prince ne permet guère de croire, ou qu’il ne lui fasse tirer un coup d’arquebuse, ce qui est beaucoup plus à craindre, Mucius ne voit pas ce qu’il auroit à redouter de ce côté. Il est vrai que Mucius est supérieur au roi en forces dans la ville de Blois, où il peut compter d’abord sur le concours de six cents familles de bourgeois, et où se trouvent ensuite réunis tous les gentilshommes de sa suite ainsi que ceux de son parti. En outre, il y a Orléans et Chartres, villes unies de la ligue, d’où des troupes peuvent marcher immédiatement sur Blois si Mucius étoit menacé. » Le 9 du mois d’octobre Henri de Guise écrivait encore : « Je suis en très beau chemin et n’ai d’autre embarras que cette. entreprise sur Saluées, par où le duc de Savoie peut tout gâter. » Un autre incident eût dû lui donner plus à penser en ce qui touchait sa sûreté personnelle, à savoir le changement de tout le ministère accompli dans le plus profond mystère, à l’insu de la reine-mère et de lui-même Henri de Guise, qui s’y croyait assuré de plusieurs amis tels que M. de Villeroy. Les avertissemens arrivaient toujours, mais leur effet était balancé par de continuelles trahisons qui augmentaient l’assurance du duc, en lui montrant l’opinion généralement répandue de son succès prochain. Ainsi le duc d’Épernon avait cherché secrètement à s’entendre avec lui; d’autres amis du roi également. Quant aux états, ils lui étaient parfaitement dévoués.

La cause du roi semblait perdue; lui seul n’en désespéra pas. Il se trouva doué en effet de cette dissimulation plus grande que les esprits français ne la peuvent couvrir, et, poussé au bord du précipice, il échappa d’y tomber par une résolution profondément calculée, habilement préparée et hardiment exécutée, le meurtre de son ennemi, consommé le 23 décembre 1568. C’est un des crimes