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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/616

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avoir sa justification : ne venait-il pas renverser chez les vaincus la distinction des castes?

Le 16 août 1807, Napoléon annonçait officiellement, à l’ouverture de la session législative, « qu’un prince français allait régner sur l’Elbe; » le 19, il faisait part au sénat du mariage de son frère avec la fille du roi de Wurtemberg. Ainsi que le raconte dans son Journal la reine de Westphalie, aux premières ouvertures que lui fît son père sur cette union avec Jérôme, « ne le connaissant pas et étant occupée d’autres projets, » elle refusa. La résistance d’une jeune fille n’était pas un obstacle pour le despotisme du roi Frédéric, surexcité par la peur de Napoléon et l’ambition de lui complaire. « Il me fit observer, continue Catherine, qu’il y allait du bonheur de toute la famille et de la prospérité, peut-être de l’existence du pays... Je m’offris en sacrifice à des intérêts aussi chers. » Ensuite Catherine de Wurtemberg s’attacha au mari français qu’on lui avait imposé, et dont pourtant les légèretés n’étaient un secret pour personne. Chose plus rare, elle lui resta fidèle dans la mauvaise fortune. En 1814, le roi Frédéric prétendit rompre le mariage de sa fille avec un prince découronné, redevenu Bonaparte comme devant; Catherine refusa. Napoléon put dire d’elle « qu’elle s’était inscrite de ses propres mains dans l’histoire. »

Une des raisons qu’on avait dû faire valoir auprès du rapace souverain de Wurtemberg, c’était apparemment le sans dot de la comédie. Au moment où sa fille allait devenir femme et belle-sœur de rois, belle-sœur d’empereur, il ne lui constitua qu’une dot de petite bourgeoise, 100,000 florins ; encore devait-elle sur cette somme s’équiper et faire les cadeaux d’usage. L’empereur dut « lui faire faire son habit de noce; » son mari lui donna un trousseau : non que Jérôme fût lui-même bien en fonds, il lui fallut emprunter pour se rendre dans son nouveau royaume.

Le 15 novembre 1807, Napoléon promulguait la constitution de la Westphalie. Ce document avait à la fois le caractère d’un traité et d’un décret. L’empereur ne renonçait à « son droit de conquête » sur la Westphalie que moyennant deux sortes de conditions. Les unes n’avaient pour objet que l’intérêt de la politique personnelle, comme les articles par lesquels il se réservait la moitié des domaines de la Westphalie, stipulait le paiement rigoureux des contributions de guerre, fixait à 25,000 hommes le contingent du nouveau royaume comme état de la confédération, exigeait que 12,500 Français, soldés, nourris, habillés par la Westphalie, tinssent provisoirement garnison dans Magdebourg. Magdebourg était donc à la fois une ville du royaume et une forteresse de l’empire; le gouverneur y commandait pour les deux souverains ; le drapeau bleu et blanc y flottait à côté du drapeau tricolore. Les autres ar-