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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/602

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celui qui avait fondé le despotisme le plus absolu qui fût jamais sur le droit héréditaire, anéantissait ainsi le principe qui faisait la force et le prestige de la dynastie capétienne, car la légitimité du pouvoir politique n’était plus qu’un vain mot dès qu’elle n’était pas fondée sur la légitimité de la naissance.

Avec Louis XV s’abaissèrent encore les mœurs de la royauté. Parmi les femmes qui ont imprimé à son règne une ineffaçable flétrissure, les unes restent complètement étrangères aux affaires de l’état, et dans le nombre il en est qui ne savent pas même son nom, qui restent terrifiées devant lui en le reconnaissant d’après ses portraits; les autres, établies publiquement dans leurs fonctions comme dans une dignité officielle, reprennent le rôle audacieux de d’Étampes. Une seule, la duchesse de Châteauroux, cherche à maintenir le prince qu’elle gouverne dans des voies honorables; elle l’entraîne sur le théâtre de la guerre en Flandre et en Alsace; mais bientôt Pompadour chercha à l’avilir pour le dominer. Douée d’une vive intelligence et d’un esprit distingué qui la met en mesure d’exploiter à son profit toutes les corruptions, elle se rend, comme le dit Barbier, maîtresse de la politique et des places; elle fait supprimer la charge de directeur des monnaies pour donner plus de lustre à celle de trésorier-général, qu’elle avait obtenue pour l’un de ses protégés. Elle fait payer ses dettes par Machault d’Arnouville au moment où il entre au ministère, et plus tard elle cabale pour le renverser malgré sa haute capacité et les services qu’il avait rendus au pays en promulguant l’édit de mainmorte, qui interdisait aux gens d’église et aux corporations d’acquérir des propriétés foncières sans une autorisation du gouvernement, en établissant l’impôt du vingtième, destiné à fonder une caisse d’amortissement, en conjurant la famine par la liberté du commerce des grains. Elle fait tomber en disgrâce le marquis d’Argenson, le fondateur de l’école militaire, et Maurepas, qui avait fait preuve, comme ministre d’état, d’un sérieux mérite. Elle retire le commandement de l’armée d’Allemagne à d’Estrées, le vainqueur d’Hastenbeck, pour le donner à Soubise, le vaincu de Rosbach. Après avoir excité la cour contre les parlemens, elle s’allie aux parlementaires contre les jésuites, auxquels elle attribuait sa disgrâce momentanée de 1757, et, par les défiances qu’elle inspire à Louis XV, elle contribue à leur expulsion, comme pour montrer qu’en France rien ne peut résister aux favorites, pas même le plus puissant des ordres religieux; enfin elle porte dans la politique la désastreuse puissance de ses rancunes : pour se venger d’une épigramme de Frédéric, elle renverse les alliances, brise avec la Prusse pour rapprocher la maison de Bourbon de l’Autriche, et entraîne la France dans les désastres de la guerre de