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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/559

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Aux délégués qui représentent spécialement le réseau indien se joint le délégué de l’office semi-gouvernemental qui a installé et qui exploite, à travers la Perse et la Turquie, la ligne de jonction entre les Indes et l’Europe. L’Angleterre prend ainsi place dans la famille télégraphique par voie incidente d’abord et à titre extra-européen; on sait que depuis lors elle y est entrée comme puissance européenne, comblant ainsi la seule lacune que l’association présentât. L’autre membre nouveau, — celui-là tout à fait asiatique, — fut le gouvernement persan. Le shah avait remis ses pouvoirs au directeur-général des télégraphes de Russie.

L’assemblée nouvelle présentait, si l’on peut s’exprimer ainsi, un caractère moins diplomatique que la précédente. En 1865, on avait eu recours, pour inaugurer le concert international, aux ambassadeurs et aux ministres plénipotentiaires. En 1868, il s’agit surtout d’apporter des modifications techniques à la convention en vigueur; les différens états ont donc confié leurs pouvoirs aux chefs mêmes des administrations télégraphiques. Où auraient-ils pu trouver des commissaires plus compétens pour régler et trancher les questions en litige? Ce caractère extra-diplomatique de la conférence de Vienne s’accusait si nettement que le ministre d’Italie près la cour d’Autriche, primitivement désigné pour faire partie de la réunion, s’y trouva comme isolé et perdu; il crut devoir se retirer, laissant à un délégué technique le soin de représenter seul son pays.

Aussi bien la diplomatie fut la première à reconnaître la convenance qu’il y avait pour elle à s’effacer devant les discussions professionnelles. Ce sentiment fut exprimé avec une parfaite bonne grâce par le baron de Beust, ministre austro-hongrois des affaires étrangères. En ouvrant la conférence, il exprimait naturellement la satisfaction qu’il éprouvait à prendre part à une œuvre de paix et d’amitié internationale. Ce n’est pas qu’un grain de scepticisme ne vînt tempérer l’expression de son contentement. Quelque puissance qu’ait le télégraphe pour unir les nations, il n’arrive guère à prévenir les conflits. « Il ne manquera pas d’esprits chagrins, disait l’orateur, qui m’objecteront qu’un long état de paix dont jouissait l’Europe a fini à peu près à l’époque où les chemins de fer et les télégraphes se sont établis avec une admirable rapidité, et que nous avons vu alors se succéder dans l’espace de douze années trois guerres sanglantes, en même temps que l’autre hémisphère fut témoin de batailles civiles dont l’histoire n’offre pas d’exemples. » A coup sûr, il serait cependant injuste de s’en prendre au télégraphe d’un pareil résultat. Il fait du moins ce qu’il peut; « il transmet, lorsqu’il en est temps encore, des conseils de prudence et de modération; il arrête des actes précipités, il dissipe des malentendus, il fait renaître la