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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/534

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y a dans ce que le monde appelle la perfection chez une femme quelque chose qui nous fait peur, et lady Byron, au dire du monde, était un assemblage de toutes les perfections et réunissait tous les talens à toutes les vertus.

Le 2 janvier 1815, l’illustre poète épousa miss Milbanke, et le 25 avril de l’année suivante il quitta l’Angleterre pour n’y plus revenir. Trois semaines après son mariage, l’auteur de Childe-Harold s’entendait demander par sa femme « quand il aurait l’intention de renoncera ses habitudes de versification ! » Quel juste et tragique retour des choses d’ici-bas! Ce poète, que nous avons vu dans ses heures d’impertinence traiter ses vers avec dédain, et qui se voit à son tour dédaigné dans ses vers par la femme qu’il vient d’épouser et qu’il aime! Vers la fin de l’année naquit la petite Ada. L’orage cependant couvait. Un soir de janvier 1816, Scrope Davies, de qui nous tenons le fait, reçut à Cambridge une lettre de Mme Leigh, sœur consanguine de Byron. Sur ces quelques lignes très pressantes, l’ami se met en route, arrive à Londres et court à la maison de Picadilly, où Flechter en l’introduisant s’écrie : « Comme mylord sera content de vous voir, monsieur! Il est bien souffrant. » M. Davies trouva Byron dans un état d’extrême agitation. Il se promenait de long en large. Chaque fois qu’il s’approchait de la cheminée, il en détachait une des miniatures qui l’ornaient, et silencieusement la plongeait dans le feu. A la fin, il s’assit devant le foyer, regarda fixement un dernier portrait. « Elle est morte, » soupira-t-il, et le portrait suivit les autres dans la flamme. Pendant tout ce temps, l’ami de Byron le regardait faire; puis enfin, avec un calme imperturbable : « Byron, tenez-vous absolument à ce que l’or de ces montures soit perdu? parce que, si cela vous était égal, je prendrais les cadres pour moi. » Et Scrope Davies s’empara des pincettes et se mit à retirer l’une après l’autre les bordures d’or des portraits. La diversion était opérée, et du monologue dramatique on passa bientôt à la simple causerie, tout en continuant à fourrager dans le feu. Cependant la dame de confiance de lady Byron ne tarda pas de survenir, demandant à mylord d’un air pincé si par le bruit qu’il se plaisait à faire il prétendait rendre sa maîtresse plus souffrante. « Dites à mylady, répliqua Byron redevenu gouailleur, que je fais ce bruit non point pour empirer son état, mais pour améliorer celui du feu. » Huit jours plus tard, lady Byron allait s’établir chez son père, et lord Byron avait à se retourner contre la tempête.

C’était où les envieux et les ennemis l’attendaient. Un cri d’universelle indignation s’éleva, les cercles qui naguère divinisaient son nom le blasphémèrent, la moralité de la vieille Angleterre se révolta d’horreur; à la vue de cet impie, de cet adultère, le purita-