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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/519

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LORD BYRON
ET
LE BYRONISME

C’est un des travers de notre époque de rechercher partout l’accessoire, de s’y plonger, de s’y noyer. Notre curiosité a tué notre enthousiasme; qu’il s’agisse d’un grand poète ou d’un grand homme, nous perdons de vue son œuvre ou ses actes pour ne plus nous occuper que de sa vie privée. A force de scruter les secrets recoins, de nous laisser distraire aux détails, aux anecdotes, nous nous éloignons de ce qui devrait être le principal objectif de notre étude, et lorsque, grâce à tant de volumineux documens, à tant d’informations vraies ou fausses, nous croyons nous être mieux rapprochés de ces hommes qui, de loin et vus par le côté de leurs ouvrages, nous apparaissaient comme des demi-dieux et des héros, nous en arrivons à les traiter sur un certain pied d’égalité et à ne les plus vouloir juger que d’après nous-mêmes.

Il resterait à savoir si tous ces papiers confidentiels que depuis quarante ans le vent a dispersés hors de leurs portefeuilles n’ont pas nui plutôt que servi à la vérité. On a dit que supprimer la publication des correspondances équivaudrait à frustrer la littérature d’une de ses provinces les plus riches. Qu’il y ait en effet des lettres qui nous fassent pénétrer au fond du cœur d’un homme, je l’admets volontiers, mais ces lettres sont rares, ou les cite; par contre, que d’inventions de pure fantaisie, qui ne réussissent qu’à ridiculiser leur héros! J’aimerais à m’entendre raconter quel surcroît d’autorité a valu au nom de Goethe la publication des fameuses lettres de Bettina d’Arnim, et si la dignité de l’auguste vieillard gagne beau-