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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/506

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de protéger une grande convalescence, de décourager, d’empêcher toutes les agitations périlleuses ou inutiles, de préserver le pays des rechutes, des surprises et des entraînemens. Le gouvernement lui-même donne l’exemple, il est en vacances ; il fait le moins de bruit possible, il gouverne et administre sans trouble, sans effort, et visiblement il se complaît dans cet apaisement momentané qui est son œuvre, qui répond à un instinct universel.

Tout semble donc être au repos dans cette douce saison où le monde, s’il y a encore ce qu’on appelait autrefois le monde, se disperse, se partage entre les chasses d’automne, les voyages de plaisir, la mer, les bains et les paisibles résidences à la campagne. La politique n’a plus pour le moment son centre d’activité ni à Versailles ni à Paris. C’est tout au plus si cette honnête commission de permanence, laissée en sentinelle par l’assemblée, se réunit une fois toutes les quinzaines pour nouer un bout de conversation avec un ministre et pour s’apercevoir qu’elle n’a rien à faire. Sans doute, aux approches de chaque réunion, on commence par préparer un dossier, on se promet d’interpeller le gouvernement sur toute sorte de choses, la séance ne peut manquer d’être animée ! Puis, le jour venu, comme cela est arrivé hier encore, on adresse au gouvernement deux ou trois questions sur le produit des impôts nouveaux, sur les travaux du génie militaire au Mont-Cenis, sur la marche des négociations au sujet du renouvellement des traités de commerce. M. Victor Lefranc, qui est l’homme le plus accommodant et le plus paisible du monde, répond que tout va bien ou qu’il ne peut rien dire, et on se retire satisfait, Versailles rentre dans le repos. Voilà qui caractérise assurément une situation où il n’y a rien d’effrayant.

Ce n’est pas cependant que tous les soucis de l’avenir aient disparu, et que, même dans cette stagnation des vacances parlementaires, il n’y ait ni préoccupations ni incidens. Non certes, seulement l’activité politique s’est déplacée et dispersée. Ce qu’on ne disait pas, ce qu’on ne pouvait pas toujours dire à Versailles, à l’assemblée, on le dit plus librement en province dans une lettre aux électeurs, dans un manifeste, dans un banquet terminé par les inévitables discours de circonstance, dans une adresse de conseillers-généraux, dans les journaux enfin, dans les journaux, ces échos naturels et souvent grossissans de tout ce qui se passe dans le pays. Il y a tout un travail qui est une sorte de commentaire de la session dernière et comme une préparation calculée de la session prochaine, où on sent bien que les plus graves questions d’organisation publique devront être décidées. Une fois encore, avant l’heure suprême, chacun vent plaider sa cause, chacun se met en campagne avec son drapeau. Les plus fiers champions de la droite se plaignent avec amertume du gouvernement, qu’ils accusent tout haut de manquer à ses cngagemens, de méconnaître les vœux de la majorité de l’assemblée, de préjuger les questions constitutionnelles, de tout