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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/444

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accompagné. Oh! pourquoi me traite-t-elle ainsi? Ma pauvre ’Cécile! ma bien-aimée! je ne voulais pas la contraindre. Tout ce que j’ai dit hier, c’est que j’aimerais à pouvoir lui parler. Villars, que faire?

— Venez avec moi, cherchons-la; nous la retrouverons certainement, et alors nous tâcherons d’arranger les choses. — Houston restait à la même place, considérant le billet avec un désespoir navrant. Les recherches commencèrent. Sorti de la torpeur des premiers instans, le colonel parcourut le pays entier avec une persévérance infatigable. De son côté, Villars, aidé de tous ses camarades, organisait une battue en règle. Au bout de plusieurs jours, on trouva, ainsi que Cécile l’avait prévu, le chapeau sur le bord de la rivière. On le porta chez le colonel; il était en course. Lorsqu’il rentra, pâle, les vêtemens souillés, le visage hagard, il aperçut sur sa table le chapeau humide. Il s’approcha, se pencha, examina l’épave pendant quelques minutes; tout à coup il comprit... Il leva les bras avec un cri sauvage : — Oh! mon Dieu! pas cela... pas cela! — Et il tomba lourdement sur le plancher.

Houston fut longtemps entre la vie et la mort. La convalescence vint enfin, lente et pénible, et, incapable de supporter ce qui lui rappelait Cécile, le colonel quitta le service. Il vécut dès lors presque exclusivement sur son yacht, errant d’une contrée à l’autre, évitant les villes et fuyant tous ceux qu’il avait connus dans des jours plus heureux. Ses marins l’aimaient, car il était intrépide dans le danger, bon et doux pour son équipage.

Nous ne suivrons pas Cécile dans les difficultés qui l’attendaient à Londres. Gagner sa vie est toujours laborieux pour une femme. Combien la tâche n’était-elle pas plus lourde pour une jeune fille obligée de se cacher et de fuir les amis qui auraient pu lui prêter leur appui avec autant de soin qu’une autre en aurait mis à les rechercher !

Plus d’une année s’est écoulée. Nous retrouvons notre héroïne à la campagne, chez une ancienne connaissance qui l’a rencontrée par hasard, et qui l’a recueillie chez elle en qualité de demoiselle de compagnie. Cécile avait passé les premiers mois qui avaient suivi sa fuite dans une inquiétude perpétuelle d’être découverte. Le temps lui rendit un peu de sécurité, et elle commençait presque à oublier le danger de sa position.

Une après-midi, se trouvant seule au château, elle alla dans la serre cueillir des fleurs dont elle se proposait de faire des bouquets. Elle rentra au salon en chantant, tellement occupée de la moisson embaumée qui remplissait son tablier qu’elle n’aperçut pas un étranger qui, debout dans l’embrasure d’une fenêtre, le visage pâle et les yeux dilatés par l’épouvante, la regardait fixe-