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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/439

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— Vous m’écouterez, s’écria-t-il avec véhémence en retenant le cheval, qui se débattait. Vous savez parfaitement ce que je vous veux, et vous avez entrepris de m’empêcher de parler, mais je parlerai. J’ai attendu, j’ai lutté, j’ai prié, et je ne souffrirai pas que vous rejetiez mon cœur comme un jouet sans valeur! Où trouverez-vous jamais un dévoûment égal au mien? Pour les autres, je suis froid et dur; entre vos mains, je serai une cire molle que vous modèlerez à votre caprice.

— Colonel, ceci est trop fort ! La seule fois que je vous aie demandé quelque chose, vous m’avez refusée. Je suis rancunière, et je me donne le plaisir de vous refuser à mon tour.

— Il est vrai qu’une seule fois je vous ai refusée,... je ne pouvais pas faire autrement. Je vous jure que dorénavant, si vous ne me repoussez pas, j’obéirai à tous vos désirs. Vous êtes mon premier et mon unique amour : je ne veux pas, je ne peux pas être refusé. Ce serait trop cruel en vérité. Que vous m’aimiez ou non, j’attendrai; je travaillerai à gagner votre affection, je lutterai jusqu’à ce que ma patience et mon dévoûment vous aient touchée.

Il parlait avec tant de chaleur que Cécile ne put s’empêcher d’avoir pitié de lui. — C’est inutile, répondit-elle d’un ton plus doux; il est impossible que je sois votre femme; si cela était possible, je ne le voudrais pas, quoique je vous plaigne sincèrement. J’espère que vous prendrez votre parti en voyant qu’il n’y a aucun espoir pour vous.

— Mais j’espérerai en dépit de tout! Je vous dis, Cécile, que le jour où je cesserai d’espérer je mourrai. Je ne suis plus un jeune homme, je me connais, et je sais que mes sentimens ne changent pas. Je voudrais bien ne pas vous faire de peine : je vous aime tant que je ressens vos chagrins aussi vivement que s’ils étaient miens ; cependant, quoique je sache que vous me haïssez et que je vous importune, il m’est impossible de renoncer à vous. Ma patience sera récompensée; j’ai le pressentiment qu’avant de mourir j’aurai conquis le droit de vous appeler ma femme.

— Le ciel m’en préserve, répliqua Cécile en frissonnant. Le jour où vous conquerrez ce droit sera un triste jour pour moi. Du reste, ce qui diminue ma pitié pour vous, c’est que je sais que vous avez trompé une femme qui vous aimait.

Houston tressaillit, et son front s’assombrit. — Vous dites vrai, je me suis très mal conduit avec cette femme. Je le sens, je le regrette, et ce qui m’arrive est une juste punition; mais ce qui est fait est fait. Je ne puis passer ma vie à regarder en arrière quand j’entrevois devant moi un avenir radieux. Cécile, vous ne me connaissez encore que par mes mauvais côtés; j’étais si malheureux,