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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/433

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Quand elle se fut retirée dans sa chambre, et qu’elle eut commencé à s’habiller de ses mains tremblantes, l’émotion la gagna. Elle pleura en pensant aux jours joyeux de son enfance ; elle disait adieu au passé. Cependant la nécessité de se décider promptement lui fit sécher ses larmes ; d’ailleurs sa conduite du moment était en si complète contradiction avec sa manière de penser habituelle, qu’elle agissait machinalement, poussée par les circonstances, sachant à peine ce qu’elle faisait. Elle partit enfin, et trouva Villars en dehors de la ville, à l’endroit convenu. Il essaya de nouveau de la détourner de son projet. — Si vous ne voulez pas m’aider, dites-le tout de suite, répliqua-t-elle sèchement. J’irai seule et à pied. C’est un chagrin de découvrir que j’ai un ami de moins que je ne le pensais... N’importe, je ne vous retiens pas.

— Vous êtes injuste, répondit doucement Villars, si vous croyez que dans toute cette affaire je pense à moi; ce n’est que pour vous que j’ai peur.

Il dut céder; il la conduisit dans un bosquet ombragé d’arbres touffus, et alla chercher son ancien camarade. Anstruther trouva Cécile assise, dans une attitude affaissée. Sa pâleur et le cercle bleuâtre qui cernait ses yeux indiquaient des nuits sans sommeil et un cœur en angoisse. Elle ne le vit pas venir, et elle demeura immobile, les mains jointes sur ses genoux et la tête penchée, jusqu’au moment où le bruit des pas la fit tressaillir. Redressant alors brusquement la tête, elle se leva, le visage couvert d’une vive rougeur, et elle tendit les deux mains à Gérald en disant : — Je ne pouvais pas vous laisser partir sans vous voir, j’en serais morte. Dites-moi que vous êtes content que je sois venue.

— Ma bien-aimée! murmura-t-il en la serrant dans ses bras comme le jour où ils attendaient la mort. Vous m’avez rendu trop heureux. Je partirai pour l’exil le cœur plus léger, maintenant que je sais que vous avez eu confiance en moi.

— Je n’aurais pas pu douter, quand je l’aurais voulu, dit-elle avec tendresse. Du plus loin que je me souvienne, vous avez été pour moi la bonté et la loyauté en personne. Pouvais-je donc tout d’un coup vous croire un misérable ?

— Et moi pourtant j’ai douté de vous, pauvre fou que j’étais! Ma Cécile chérie, pourrez-vous oublier mes torts? C’est ma maudite jalousie qui est cause de nos malheurs... Je vais vous quitter, — probablement pour toujours... Me pardonnez-vous le mal que je vous ai fait ?

— Vous dirai-je ce qu’il y a eu entre Villars et moi? fit-elle en souriant doucement à travers ses larmes. — Il voulut protester. — Je veux que vous m’écoutiez. Le bon Villars croyait m’aimer, et il me demanda de l’épouser. Je refusai, car mon cœur appartenait à un