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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/425

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— Cécile, votre père est aux pompes. Une voie d’eau s’est déclarée, et il est douteux que le bâtiment puisse tenir la mer jusqu’au jour. Comme je ne suis pas de service en ce moment, votre père m’a demandé de venir vous trouver; il m’a aussi demandé de faire, en cas de naufrage, mon possible pour vous sauver. Oh! Cécile, ma Cécile chérie! s’il savait combien cette recommandation était inutile ! Quand je pense au sort qui vous menace, ma seule consolation est que, si la vie nous a séparés, la mort du moins nous réunira. Cécile, ma bien-aimée, dites-moi que vous me pardonnez les cruelles paroles que j’ai prononcées l’autre jour dans un accès de jalousie.

— Je vous pardonne, répondit-elle simplement avec un regard où se peignaient toute sa confiance et son affection. Vous ne douterez plus jamais de moi, n’est-ce pas?

— Ne parlons pas de cela, dit précipitamment Anstruther; je sens que je ne peux pas vivre sans vous. Je vous aime, cela me suffit, et je veux que vous soyez ma femme, quelque chose que vous ayez pu faire.

— Oh! Gérald, cria Cécile d’un ton douloureux. Etes-vous donc si impitoyable qu’ici, en présence de la mort, vous refusiez de voir que vous m’avez accusée à tort? Vous m’aimez, et en cette heure suprême vous doutez de ma parole. S’il en est vraiment ainsi, laissez-moi ! Vous ne pouvez pas m’épouser, si vous n’avez pas foi en mon honneur;... la mort serait mille fois préférable pour nous deux!

— L’honneur ! la foi! mots que tout cela! Je n’ai plus qu’un seul désir, celui de vous posséder!

— Alors qu’êtes-vous venu faire ici? Jamais je ne consentirai à épouser un homme qui ne m’estime pas. Je veux, j’exige une confiance entière de votre part.

— C’est vous qui êtes dure maintenant. Si j’étais capable de vous faire un mensonge et de vous dire que je vous crois, tôt ou tard vous découvririez la vérité; chacun de mes gestes, chacun de mes regards vous dirait que je vous ai trompée, et à votre tour vous me retireriez votre estime.

Cécile releva sa tête, qu’elle avait posée sur l’épaule de Gérald, et se dégagea de l’étreinte du jeune homme. Au même instant, un effroyable craquement se fit entendre; un bruit de pas précipités et de cris parvint à leurs oreilles au travers du fracas de la tempête. Anstruther s’élança sur le pont; un des mâts était rompu, et pour comble de calamité un incendie s’était déclaré. Il courut prévenir Cécile du nouveau danger qui les menaçait. Il la trouva étendu sur le plancher et presque privée de connaissance ; il la releva l’assit sur une divan fixé aux parois de la cabine. — Gérald, murmura Cécile d’une voix éteinte au moment où le capitaine allait