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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/401

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mais Talleyrand le renvoya à Cassel avec un employé des affaires étrangères et les pleins pouvoirs nécessaires pour conclure avec la Hesse une convention de neutralité. « Si l’électeur veut rester neutre, portaient les instructions, il convient qu’il le déclare moins encore par des paroles que par des faits. La situation géographique de la Hesse ne lui permet guère d’être à la fois neutre et armée... L’empereur respectera fidèlement la neutralité de la Hesse tenant ses troupes sur le pied de paix et ne recevant aucunes troupes prussiennes. »

En l’absence de l’électeur, un grave incident s’était produit. Un détachement du corps de Rüchel, conduit par Blücher, était entré dans l’électoral. Le prince électoral, en uniforme de général prussien, était allé au-devant de lui et avait fait son entrée dans Cassel, chevauchant aux côtés de Blücher. Bignon protesta contre cette violation de la neutralité; mais, si les troupes prussiennes évacuèrent la Hesse, il parut que c’était bien moins en vertu de cette protestation qu’à la suite d’un mouvement général de concentration ordonné par Brunswick. L’électeur à ce moment revint de Naumburg; sur le résultat de sa démarche au camp prussien, il garda un silence suspect. Il fit mine de disperser quelques régimens, érigea le long de sa frontière des poteaux de neutralité, distribua des cordons de troupes, lorsque le prince électoral Guillaume quitta tout à coup la capitale et se rendit à son tour au quartier-général du roi de Prusse. On répandit le bruit qu’il y avait brouille entre le père et le fils, et que le ministre von Waitz avait couru après l’enfant prodigue sans pouvoir le ramener. Malheureusement les Français savaient que lord Morpeth, qui était chargé de négocier le traité de subsides avec la Hesse, était attendu au quartier-général prussien, ils pensèrent que le prince ne fuyait pas son père; il allait à un rendez-vous.

Le prince revint peu de jours après avec la terrible nouvelle d’Iéna. L’électeur se hâta de réduire son armée, qui était montée au chiffre énorme de 20,000 hommes; c’était trop tard. Il affecta de mettre sa confiance en cette neutralité qu’il avait si mal gardée. Quand Bignon fut appelé auprès de Napoléon, l’électeur lui remit une lettre où il recommandait à la clémence impériale l’un de ses gendres, le prince d’Anhalt-Bernburg; croyait-il vraiment n’avoir rien à craindre pour lui-même? Son illusion ne fut pas de longue durée, et le 31 octobre il reçut une réponse foudroyante. A la réception même de cette « terrible note, » on apprit que le roi Louis de Hollande était entré dans la Hesse-Cassel par la frontière du nord et le maréchal Mortier, avec 6,000 hommes, par la frontière sud-est. Les instructions de l’empereur à ce dernier, en date du 22 octobre, étaient conçues dans les termes les plus rigoureux. Mortier