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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/38

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REVUE DES DEUX MONDES.

vez vous accommoder à tout, vous faire toute à tous ? Ce n’est pas vrai, car vous êtes d’un caractère si net, si tranché, tellement tout d’une pièce, que, dès qu’une chose froisse vos secrets instincts, rien ne peut vous faire plier. J’aime mieux me dire que pour être femme du monde admirable il faut, avec de l’esprit, n’avoir pas le goût du monde, y porter un certain degré d’indifférence, pas de passion, ce qui vous permet de sentir délicatement les goûts et les passions des autres, de leur donner égale satisfaction sans heurter personne. Pourquoi heurteriez-vous qui que ce soit ? Vous ne rencontrez personne dans les penchans exclusifs de votre âme ; mais aussi, si vous plaisez de la sorte à tous, ou du moins à beaucoup, malheur à qui met le pied dans l’étroite enceinte de votre for intérieur, dans la partie réservée de votre âme ! Là vous êtes d’un absolutisme, d’une exigence, d’une impétuosité ! là tout doit se fondre en vous ; autrement c’est une bataille incessante. À propos de quoi tout cela ? Je ne m’en souviens plus. Revenons à votre vie de la Gironde. Les représentans accourent à Paris ; cependant je ne crois pas qu’il y ait nécessité absolue pour M. de La Grange d’être exact à la rentrée. Malgré la rage des passions qui fera explosion tout d’abord, les premières séances ne seront guère que d’inutiles passes d’armes. Quant au résultat, il n’y a rien à attendre. Ce qui jette un assombrissement sur le présent, c’est l’état des finances. M. Passy déclare qu’il est au bout de son rouleau, et qu’il ne voit, pour sortir d’une manière quelconque de la gêne qui l’étouffé, qu’une révolution ou la banqueroute. Oh ! ce ministère est pitoyable. M. de Falloux ne court aucun danger ; les journaux ont singulièrement aggravé sa position. L’amiral, que j’ai rencontré avant-hier, m’a dit que jamais il n’y avait eu d’inquiétude sérieuse. Quand je vous dis qu’il n’y a pas d’homme nécessaire, je ne prétends pas que la perte de tel ou tel homme de tête ne soit pas un grand malheur ; je dis seulement que le monde se soucie assez peu que les affaires soient menées par des sots ou par des hommes de génie. Que tout prospère ou s’abîme, qui s’y intéresse ? qui s’y dévoue ? On laisse aller la machine. — Tourne ou verse ! et l’on dit : Il devait en être ainsi ; c’était écrit !


Lundi, 15 octobre 1849.

Allons, exécutez-vous, revenez, revenez dans ce sombre Paris, dont le ciel n’est plus qu’une calotte de plomb, — le soleil, quand par hasard il se montre, un mauvais plat d’étain, — l’air qu’on est censé respirer un verre d’eau glacée. Revenez jouir des nombreux plaisirs que vous prépare l’hiver, à savoir les rugissemens des montagnards contre M. Thiers et l’Italie, leurs hurlemens sur le che-