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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/340

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plus résolument que jamais au char de la marquise, dont l’heureuse étoile a dissipé tant d’orages.

L’été suivant, il partait pour Vienne, chargé d’une double mission. Diplomate et militaire, il devait tout ensemble veiller sur l’alliance et concerter les mouvemens de nos troupes avec ceux des armées autrichiennes. Il est dès lors comme un point central où les informations politiques et les faits de guerre aboutissent également ; c’est ce qui nous explique pourquoi nous avons une centaine de lettres adressées par les généraux français à Choiseul pendant les quinze mois de son ambassade. « Je vous envoie vos derniers sacremens, lui écrit Bernis le 5 août en lui expédiant ses instructions ; c’est à regret que je vous vois partir, mais c’est pour le bien de l’état et pour le vôtre. Au surplus, je vous recommande une seule chose, c’est de ne pas vous lasser d’avoir envie de plaire ; sur tout le reste, je suivrais volontiers vos conseils. Comptez éternellement, mon cher comte, sur mon tendre attachement pour vous. » A son arrivée, les choses ont tout d’abord un air riant et facile : les armées françaises se répandent en Allemagne sans obstacle, et des succès d’avant-garde remportés sur un ennemi très inférieur en nombre semblent promettre une campagne aussi rapide que décisive. Jusque-là, Bernis a raison : un ministre, à Vienne comme à Paris, suffit à tout avec l’art de plaire. Le début des deux correspondances est rempli des félicitations échangées entre la cour de France et la cour impériale : Louis XV comble de prévenances sa bonne amie l’impératrice ; Marie-Thérèse prodigue les démonstrations flatteuses au roi et à la favorite. Ce sont les derniers beaux jours de l’alliance ; l’ambassadeur nouveau-venu épuise en quelques semaines les douceurs d’une prospérité qui va finir. Il écrit au roi le 25 août : « Après m’avoir parlé plusieurs fois de votre majesté avec le plus vif intérêt, l’impératrice ma demandé des nouvelles des personnes que vous honorez, sire, de votre confiance, et m’a témoigné nommément pour Mme de Pompadour beaucoup d’amitié et d’estime. » C’est au milieu de l’illusion générale et de ces effusions d’une politique en belle humeur que vient éclater, comme un coup de tonnerre, la nouvelle du désastre de Rosbach, qui, déchirant tous les voiles, mettant à nu les vices profonds de notre état militaire aggravés par l’impuissance du gouvernement, accomplit dans les esprits et dans les affaires une révolution.

Parmi les documens dont nous avons entrepris l’examen, on trouve d’assez nombreuses relations de la bataille du 5 novembre 1757. Tous ces récits, d’accord sur le fond des choses et curieux aujourd’hui par la vivacité de l’impression récente, attribuent aux troupes de l’empire une large pari dans la honte de cette journée. L’his-