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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/311

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phète qui venait d’évincer Hofmann dans l’admiration fanatique des sectaires néerlandais, Jean Mathys, un de ces cerveaux malades de l’orgueil de devenir l’exécuteur de la volonté divine. Tandis que les melchiorites vivaient dans l’anxieuse attente de la fin du monde, ce boulanger de Harlem éleva la voix et déclara qu’il était Énoch, le second témoin qui devait précéder l’apparition du Christ. Hofmann avait prétendu être Élie ; mais, le patriarche ressuscité devant éclipser le voyant de Thesbé qui revivait dans Strasbourg, Mathys prenait naturellement la direction des élus, dont la conduite avait été d’abord remise au premier témoin. H répétait que la période d’épreuve annoncée par Hofmann était écoulée, et que l’œuvre du nouveau baptême devait commencer. Les anabaptistes d’Amsterdam n’accueillirent qu’avec quelque défiance la prétention du boulanger inspiré, car les deux années assignées à la durée de cette période n’étaient point encore achevées, et il y avait à Strasbourg un de leurs coreligionnaires, Poldermann, qui se donnait pour Énoch. Mathys allégua une révélation formelle de Dieu, et menaça les incrédules d’un anathème qui entraînerait leur damnation. Les naïfs sectaires finirent par se laisser convaincre. Mathys ordonna dès lors à ses principaux disciples d’aller partout administrer le baptême et répandre la parole de vérité. Ils partirent, se rendirent au sein des diverses communautés anabaptistes des Pays-Bas, se présentant à leurs frères comme remplis du don de l’Esprit-Saint, et violentant les convictions en menaçant, comme leur maître, ceux qui se refusaient à les croire du feu éternel. Le moyen réussit. D’ailleurs ils racontaient du nouvel Enoch des choses si merveilleuses, ils parlaient avec tant de chaleur, ils trouvaient tant de simplicité, que leur mission ne pouvait échouer. Les sectaires se soumirent au nouveau baptême. Les envoyés de Mathys mettaient à la tête des communautés converties à sa doctrine des pasteurs de leur choix, auxquels ils imposaient les mains et qui avaient pour devoir de baptiser ; chaque église anabaptiste en comptait deux qui s’intitulaient évêques et qu’assistaient les diacres, spécialement chargés du soin des pauvres. En moins de deux mois, les messagers du boulanger de Harlem avaient rallié autour de lui des milliers d’individus, tant parmi les melchiorites que chez ceux qui n’étaient point encore agrégés à leur secte. À Leeuwarden, à Zvvoll, à Briel, à Alkmaer, à Delft et dans bien d’autres villes, on accourait pour recevoir de ces nouveaux apôtres l’eau baptismale. À Monninkendam, dans l’espace de deux mois, les deux tiers de la population avaient embrassé l’anabaptisme de Mathys, et à Amsterdam le nombre des conversions allait toujours grossissant.

Munster reçut aussi les messagers du nouveau prophète ; le 5 jan-