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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/296

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sur une ligne de près de quatre-vingts kilomètres. Le 17e corps n’avait pas encore quitté les environs de Marchenoir, où il venait de rentrer après sa pointe sur Châteaudun. Le 16e corps était à gauche du chemin de fer de Paris, vers Saint-Péravy. Deux divisions du 15e corps se trouvaient à cheval sur la route de Paris, à Gidy, à Chevilly, et allaient jusqu’à Saint-Lyé, à la lisière de la forêt, tandis que la première division de ce corps était à six lieues de là vers l’est avec le général Martin des Pallières lui-même. Le 20e et le 18e corps étaient plus loin encore, à Bellegarde, en arrière de Beaune-la-Rolande et dans la direction de Montargis. Non-seulement cette ligne démesurément étendue et fragile était exposée à être percée par un choc un peu violent, mais de plus le ministère de la guerre ne s’était nullement dessaisi de la direction du 17e corps, dont il venait de se servir pendant quelques jours, du 18e et du 20 corps, ainsi que de la première division de des Pallières. Voilà dans quelles conditions le gouvernement, de son autorité souveraine, décidait le 30 novembre au soir qu’on marcherait au combat. C’était positivement redoutable.

Pithiviers étant le premier point à enlever pour se diriger sur Fontainebleau, il s’ensuivait que la 1ère division de des Pallières, qui était vers Chilleurs-aux-Bois, formait comme le pivot sur lequel allait s’opérer le grand mouvement de conversion de l’armée ; que le 16e corps, qui, partant de l’extrême gauche, avait le plus de chemin à faire, donnerait le signal de l’action en se mettant en marche dès le 1er décembre, suivi d’aussi près que possible par le 17e corps ; que le 18e et le 20e corps, qui étaient à l’extrême droite un peu éprouvés et qui restaient toujours d’ailleurs sous les ordres directs du ministre, partiraient les derniers. On croyait avoir fait pour le mieux, et en réalité la première partie du programme s’accomplissait assez heureusement. Le 1er décembre au matin, le général Chanzy, d’une main énergique et sûre, poussait ses troupes en avant. Il avait à s’élever à la hauteur de Janville et de Toury avant de se replier sur Pithiviers, et jusque-là il avait à se frayer un passage, à disputer pied à pied le terrain aux Bavarois, peut-être aux autres forces du grand-duc de Mecklembourg qu’il avait devant lui. Les troupes du 16e corps étaient pleines d’entrain. Successivement on enlevait toutes ces positions de Gommiers, de Terminiers, de Guillonville, de Faverolles, et comme le temps passait, comme on touchait à la nuit, l’amiral Jauréguiberry, voulant terminer le combat par un coup de vigueur, faisait emporter d’assaut le château et le parc de Villepion, où se concentrait la résistance. On avait gagné du terrain et on restait maître des positions. Le soir, Chanzy se croyait et avait le droit de se croire en succès.

Tout semblait d’ailleurs favorable dans cette journée du 1er