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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/292

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fixés que, pendant ces mouvemens du prince Frédéric-Charles, les troupes placées sous les ordres du grand-duc de Mecklembourg au lendemain de Coulmiers avaient été rappelées en grande partie à Chartres pour faire face à la route du Mans, où l’on soupçonnait que l’armée française s’était transportée. Le grand-duc passait plus de huit jours à battre ces malheureuses campagnes, à fouiller le pays, poussant ses incursions assez loin, jusqu’à Nogent-le-Rotrou, si bien que l’alarme éclatait à Tours, où l’on se voyait déjà sous la menace de quelque surprise. Le gouvernement s’agitait, s’empressait de reprendre le 17e corps à l’armée d’Orléans pour le pousser vers Châteaudun, et dans sa panique il allait même un jour jusqu’à demander au général d’Aurelle de lui envoyer au plus vite un régiment.

Chose bizarre et pourtant vraie, on se trompait dans les deux camps, on ne voyait clair ni à Versailles ni à Tours. Le gouvernement français se laissait aller à des émotions inutiles. Le grand-duc de Mecklembourg n’avait nullement la pensée d’aller à Tours ; il n’avait d’autre mission que de faire une puissante reconnaissance, de chercher l’armée de la Loire dans l’ouest, où elle n’était pas. Cela est si vrai que, lorsque l’état-major de Versailles s’apercevait de sa méprise, dès le 22 novembre, il donnait au grand-duc l’ordre de se replier vers Orléans, où ses forces réunies à celles du prince Frédéric-Charles allaient porter l’armée allemande à plus de 110,000 hommes.

Quel était l’intérêt allemand et quel était l’intérêt français dans cette situation assez confuse ? Étions-nous intéressés à nous laisser attirer par cette apparente incohérence ? C’est un des officiers du grand quartier-général de Versailles, c’est le major Blume qui tranche la question en révélant la vraie pensée des chefs prussiens. On ne craignait pas une attaque au camp allemand, — « bien au contraire on était certain du succès final dans le cas où l’adversaire oserait sortir de sa position bien couverte et fortifiée pour venir nous attaquer dans les terrains découverts de la Beauce. Quant à enlever de vive force cette position, cela constituait une tâche bien autrement difficile, si d’abord le défenseur n’était pas moralement ébranlé par l’insuccès d’ime première tentative offensive… » Tout était là dans ce moment suprême. Le général d’Aurelle le sentait bien, et voilà pourquoi, en chef prudent et avisé, il tenait tant à se concentrer, à se masser dans ses lignes de défense plus qu’on ne lui permettait de le faire. Les stratégistes de Tours ne le voyaient pas, et, voulant sans doute passer définitivement hommes de guerre, ils décidaient qu’on prendrait l’offensive par une marche sur Pithiviers. Vainement le général d’Aurelle s’efforçait-il de faire observer qu’une sortie hors des lignes pouvait entraîner une bataille générale qu’on ne serait plus maître de refuser, qu’on allait livrer cette