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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/289

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à Gidy, à Chevilly sur la route de Paris, des batteries qui, avec les défenses de la forêt, promettaient de rendre une attaque au moins difficile. D’un autre côté, le gouvernement, qui venait de décréter des levées nouvelles, quelque chose comme la levée en masse sous le nom de garde nationale mobilisée, le gouvernement mettait une activité fiévreuse à développer les forces militaires. En peu de jours, il créait un 17e corps d’armée entre Orléans et Blois ; il formait à Nevers un 18e corps qu’il poussait aussitôt vers la Loire. Il faisait venir de l’est ce qui restait de l’armée des Vosges pour en faire un 20e corps, destiné aussi à grossir l’armée campée autour d’Orléans. Je ne parle pas d’un 21e corps, qu’on allait composer avec les masses incohérentes de la Bretagne, et qu’on plaçait sous les ordres d’un officier de marine des plus énergiques, le capitaine de vaisseau Jaurès, élevé au grade de général.

A ne voir que l’apparence, l’armée de la Loire était doublée ; ses ressources, son artillerie, son matériel, s’accroissaient à vue d’œil. M. de Freycinet parlait même au général d’Aurelle des 250,000 hommes qu’il allait avoir sous la main. Malheureusement il y avait beaucoup de mirage dans ces chiffres comme dans toutes les combinaisons du gouvernement, et il en était des 250,000 hommes dont parlait M. de Freycinet comme des 150 grosses pièces de marine qu’on croyait avoir expédiées à Orléans. La réalité est restée toujours au-dessous de ces fictions ou de ces illusions. Le 17e corps, campé du côté de Marchenoir, était à peine formé. Il avait eu pour premier chef le général Durrieu, on le donnait presque aussitôt à commander à un des plus brillans et des plus impétueux officiers de cavalerie de l’armée d’Afrique, au jeune général de Sonis, dont l’entraînante valeur pouvait exercer le plus favorable ascendant. C’est avec de Sonis que marchait ce régiment des « zouaves pontificaux » ou « volontaires de l’ouest, » qui, en revenant en France après l’entrée des Italiens à Rome le 20 septembre, était allé s’offrir au gouvernement de Tours, et qui comptait dans ses rangs l’élite de la jeunesse nobiliaire sous les ordres du colonel de Charette. Le 18e corps était encore moins organisé que le 17e ; il « se formait en marchant, » comme on le disait ; il n’avait pas même encore de commandant supérieur, il restait provisoirement sous la direction du chef d’état-major, le colonel Billot. Le 20e corps, arrivé de Chagny par les voies ferrées, sous les ordres du général Crouzat, ne laissait pas moins à désirer. Le 18e et le 20e corps devaient rester à l’extrémité de la ligne de l’armée à droite, du côté de Gien.

C’étaient des forces, si l’on veut, ce n’étaient pas des forces suffisamment organisées, et ce n’est pas de cela que le gouvernement était coupable. Nécessairement plus on allait, plus les ressources d’organisation diminuaient, et pour suppléer à tout, on avait