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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/285

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lendemain. Il hésitait devant le péril d’une aventure au moment où il n’y avait plus à tenter des aventures, et, prenant son parti, il se décidait à précipiter sa marche, courant au canon vers Orléans, avec une fiévreuse rapidité. Ses soldats firent 11 lieues dans la journée, ils marchèrent quatorze heures sans prendre ni nourriture ni repos, sans laisser de traînards, montrant autant d’énergie que de bonne volonté. Martin des Pallières arrivait à la nuit close à Fleury, non loin d’Orléans, avec des troupes naturellement harassées, qui ne pouvaient plus rien. Le lendemain matin, il se lançait sur la route de Paris, jusqu’à Chevilly ; mais tout était fini, l’ennemi s’était dérobé pendant la nuit. Si Martin des Pallières avait pu arriver à temps, ou même s’il eût suivi son inspiration au moment où il commençait à entendre le canon, le général von der Tann pouvait essuyer un vrai désastre. Ce que le général d’Aurelle dit sur ce fait laisse croire qu’on avait compté sur une plus longue résistance de l’ennemi, peut-être parce qu’on pensait avoir devant soi des forces plus considérables que celles qu’il y avait réellement.

N’importe, c’était un sérieux et brillant succès qui coûtait aux Bavarois plus de 1,200 hommes mis hors de combat et plus de 2,000 prisonniers, qui amenait l’évacuation immédiate d’Orléans par les troupes allemandes, et qui ressemblait surtout à une sorte de révélation de cette armée que les bulletins prussiens de Versailles appelaient dédaigneusement, même au lendemain de Coulmiers, l’armée dite de la Loire. L’armée dite de la Loire avait bel et bien battu les Allemands. C’était comme un regain de fortune, ou, si l’on veut, comme une réponse heureuse au dernier désastre de Metz, aussi bien qu’aux duretés par lesquelles l’état-major prussien de Versailles avait rendu l’armistice impossible. L’armée française avait payé son succès d’une perte de 1,500 hommes parmi lesquels il y avait plusieurs officiers supérieurs tués, le général de cavalerie Ressayre, blessé. Celui du reste qui parlait le plus modestement de la victoire était le général d’Aurelle lui-même. Il disait simplement à ses soldats : « Au milieu de nos malheurs, la France a les yeux sur vous ; elle compte sur votre courage, faisons tous nos efforts pour que cet espoir ne soit pas trompé. » Et en même temps il écrivait à Tours : « Le moral des troupes est décuplé. » Le gouvernement de son côté se hâtait de prodiguer les témoignages de satisfaction et les récompenses. M. Gambetta se rendait au quartier-général, et, prenant sa meilleure plume, il adressait, lui aussi, aux « soldats de l’armée de la Loire » une proclamation où, au milieu de bien d’autres choses, il ne manquait pas de leur dire qu’avec des soldats comme eux « la république » sortirait triomphante de toutes les épreuves, qu’elle était désormais « en mesure