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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/28

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REVUE DES DEUX MONDES.

letin impérial. Si les hommes qui sont au pouvoir, ministres et majorité, ont la moindre tenue, s’ils ne se divisent pas sur des niaiseries, sur de misérables questions d’amour-propre, ils peuvent rétablir l’ordre et rassurer la civilisation.

J’ai peu de particularités à vous écrire ; aujourd’hui on vit dans la rue, on imprime tout. Vous trouverez dans les journaux des détails sur les événemens de ces jours passés, sur le rôle de Ledru-Rollin et celui de votre ami Considérant, décrétés enfin d’accusation. Voulez-vous juger de la valeur de toute cette canaille et de leur estime mutuelle ? Ledru, Pyat et Pilhes s’étaient réfugiés chez un citoyen de ma connaissance avec leurs papiers pour rédiger leurs actes révolutionnaires. Pyat écrivait je ne sais quelle proclamation, Pidhes s’approchait de temps en temps, et Ledru disait à l’oreille de Pyat : « Défie-toi de Pilhes, c’est un espion, il te trahira. »

Décidément le choléra nous quitte : la mort du maréchal Bugeaud semble l’avoir contenté, il ne lui fallait rien moins que cette grande victime ; — voilà qui nous coûte cher. M. Passy va mieux, il assistait hier matin au conseil ; mais il est encore trop faible pour aller à la chambre. M. de Tracy sort à présent. On a poussé Dufaure bien malgré lui ; il est enfin dans l’action, il en mourra bien sûr d’émotion et d’effroi. Ne voilà-t-il pas qu’on distribue par les rues et pour rien le discours de M. Dafaure ! C’est sans doute Carlier qui lui joue ce tour-là et qui le compromet avec lui.

Quelle leçon ce doit être pour le gouvernement de juillet que les événemens de ces jours derniers ! S’est-il abandonné assez lâchement ! Si D….. n’étouffe pas de honte, c’est qu’il a rude écorce. Et ce brave roi qui répète à chaque instant que, s’il avait à recommencer, il ferait encore de même ! Nous allons voir maintenant ce que fera l’assemblée pour rassurer la marche du gouvernement. C’est surtout la question finances qui est grosse et difficile. Je n’entends parler que politique, et je vous en renvoie les échos. Pendant quelques jours, l’état de siège vous garantit une sorte de sécurité ; vous ferez bien d’en jouir et de vous laisser aller au charme de Chanday. Présentez, je vous prie, à M. le duc de La Force tous mes sentimens de fraternité républicaine et autres, et dites à M. de La Grange que nous faisons des vœux pour son retour à Paris et surtout son retour à la santé.


Paris, le 17 juin 1849.

Malgré le succès du 13, je ne rencontre sur mon chemin que des prophètes de malheur. Représentans et représentés ont le même langage de terreur ou d’appréhension. Ces premiers craquemens de la société, on les prend pour l’écroulement prochain de notre