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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/277

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II

La question était maintenant d’exécuter cette opération si bien conçue. De toute façon, il fallait cinq ou six jours pour arriver à l’ennemi des deux côtés, et c’est ici qu’on commence à voir ce qu’il y a de dangereux à ne pas tenir compte des difficultés les plus élémentaires, des conditions pratiques d’une entreprise de guerre. On ne le savait pas assez à Tours, le général en chef le savait en homme expérimenté qu’il était. Aussitôt la résolution prise, dès le 25 octobre au soir et le 26 au matin, il avait donné tous ses ordres avec prévoyance, avec précision, de telle sorte qu’on dût se trouver devant Orléans le dernier jour du mois ou le 1er novembre, et malgré toutes les précautions il ne pouvait échapper à des mécomptes. Le secret était une première condition de succès, et le gouvernement l’avait si bien senti que, pour donner le change, il avait interdit la circulation des voyageurs sur la ligne de Tours au Mans, simulant avec un certain fracas de grands mouvemens vers l’ouest. C’était peine perdue ; en arrivant à Tours le 27, le général d’Aurelle s’apercevait bien vite que sa marche sur Orléans était le secret de tout le monde. La rapidité des mouvemens et des concentrations était aussi une condition de réussite, et le délégué à la guerre, qui était cette fois dans son rôle d’ingénieur, avait mis tout son zèle à organiser les convois de chemins de fer pour le transport des troupes et de leur matériel. Malheureusement, quand on arrivait à Blois, la confusion était complète. On n’avait plus de quoi débarquer la cavalerie ; les corps se trouvaient séparés de leurs bagages, le matériel était dispersé, les munitions ne suivaient pas les batteries auxquelles elles étaient destinées. C’était un chaos à débrouiller, qui exigeait plus de temps qu’on n’en aurait mis pour aller en bon ordre de Salbris à Blois par la route de terre. Des pluies torrentielles survenaient et rendaient les mouvemens presque impossibles, l’artillerie risquait de s’embourber dans les chemins défoncés. Enfin le 16e corps avait grand besoin d’achever son organisation ; il y avait des divisions de plus de 11,000 hommes qui n’avaient pas un seul général de brigade, et des régimens de plus de 3,000 hommes qui étaient commandés par des chefs de bataillon.

Le général d’Aurelle, dès son arrivée à Blois, se trouvait aux prises avec ces difficultés et les sentait vivement ; il les signalait à Tours, où l’on ne voyait dans sa prudence que de l’hésitation, peut-être l’arrière-pensée de s’arrêter, et à une dépêche du 28 au soir, par laquelle le général en chef prévenait le gouvernement de la