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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/246

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ce qu’on choisit manifestement en lui, c’est l’homme de talent, La lutte est donc engagée entre le général Grant et M. Horace Greeley. L’élection présidentielle aux États-Unis est préparée, on le sait, par des conventions où les partis se comptent, choisissent leurs candidats, et, cette opération préliminaire une fois accomplie, au jour du scrutin, chaque parti accepte scrupuleusement les désignations qui ont été faites. Il y a eu d’abord une première convention des républicains libéraux à Cincinnati, et c’est là que la candidature de M. Horace Greeley a été proclamée pour la première fois. Une autre convention a eu lieu depuis à Philadelphie, et celle-là s’est ralliée complètement à la réélection du général Grant. Une troisième convention enfin a été tenue plus récemment à Baltimore, et ici M. Horace Greeley a été le candidat acclamé. On n’est pas au bout, bien d’autres réunions se produiront encore avant qu’on touche au dénoûment.

L’issue de cette lutte dépend évidemment de bien des circonstances. Jusqu’ici, M. Horace Greeley n’est point sans avoir gagné du terrain. Non-seulement plusieurs conventions ont ratifié sa candidature, mais encore des hommes d’une certaine importance dans la politique se sont prononcés hautement pour lui. Il a vu se rallier à sa cause le général Banks, l’ancien président M. Andrew Johnson, M. Ch. Sumner, le sénateur qui était, il y a peu de temps, président du comité des affaires étrangères du sénat. En somme, ce ne sont pas là des adhésions complètement décisives, et, s’ils restent livrés à leurs propres forces, les républicains dissidens risquent fort d’échouer. Ce qui peut exercer une influence sérieuse, c’est l’attitude que prendront les démocrates, demeurés jusqu’ici en dehors de ces compétitions. Depuis quelques années, les démocrates ont été réduits à la condition d’un parti vaincu et humilié. Ils commencent maintenant à se remettre de leur défaite ; ils ne sont pas en état de disputer le pouvoir pour eux-mêmes, ils échoueraient misérablement ; mais ils peuvent aider singulièrement au succès de celui des deux candidats républicains vers lequel ils se tourneront, parce qu’ils croiront son élection plus favorable à leur cause, et si, comme l’indiquerait la convention de Baltimore, ils se prononcent pour M. Horace Greeley, ils portent à ce dernier un gros contingent. De son côté, le général Grant ne garde pas moins de grandes et sérieuses chances. Il n’a pas seulement l’appui de la fraction considérable du parti républicain qui lui est restée fidèle, il aura aussi les noirs pour lui, à ce qu’il paraît ; il a l’avantage de la position, il a toutes les forces du gouvernement, qui ne resteront pas inactives, par cette raison très simple que tous ceux qui sont attachés à l’administration travaillent pour eux-mêmes en travaillant à la réélection du président.

Qui l’emportera ? On ne peut le savoir encore, on peut d’autant moins le pressentir que des élections d’un autre genre qui se succèdent en ce