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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/240

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tainement. Le pays vit tranquille et travaille, c’est sa politique à lui. Pendant ce temps, on brode des histoires de fantaisie sur les villégiatures de M. le président de la république, on discute sur les fortifications de Belfort, on réveille par intervalles, quoique plus timidement, la question de la dissolution de l’assemblée, on disserte sur les deux chambres, on publie des manifestes du centre gauche ou du centre droit, et même on a eu l’air un instant de vouloir commencer une campagne qui n’est pas la moins curieuse de toutes, qu’on pourrait appeler la campagne des anniversaires. Depuis quelque temps en vérité, le goût des anniversaires s’est développé d’une manière presque inquiétante ; il y a eu même tout récemment un journal qui n’a pas voulu laisser passer la date de la Saint-Barthélémy sans faire le procès rétrospectif de cette nuit lugubre de l’histoire. Peu auparavant, c’était l’anniversaire de la prise de la Bastille qu’on célébrait. Maintenant il s’agissait de fêter l’anniversaire du h septembre. M. le ministre de l’intérieur y a mis bon ordre, il est vrai ; il a interdit les exhibitions, les banquets, les réunions publiques et même les réunions privées qui pourraient aoir un objet politique. M. le ministre de l’intérieur ne pouvait certes mieux faire, et ce qu’il y a d’étrange, c’est qu’il ait eu besoin de rappeler qu’on ne se livrait pas aujourd’hui à des réjouissances publiques, que le 4 septembre n’avait rien de glorieux pour la France. Il ne s’agit nullement à coup sûr de juger le caractère politique du 4 septembre, de ce jour de révolution où sombrait un pouvoir qui venait de plonger notre patrie dans le plus affreux abîme. Dans tous les cas, si le 4 septembre rappelle la chute de l’empire, il rappelle en même temps la chute de la France à Sedan. Que le parti radical songe à célébrer un tel anniversaire, cela donne une fois de plus la mesure de son patriotisme et même de son esprit politique. C’est le signe de cette triste passion de parti qui subordonne toujours l’intérêt national à un fanatisme de secte. Les organisateurs de fêtes et de banquets français, si on leur avait laissé la liberté de se livrer à leurs ébats, auraient eu l’avantage de se rencontrer avec les Prussiens, qui, eux aussi, vont célébrer comme une fête nationale allemande l’anniversaire de Sedan. Le spectacle eût été complet ; radicaux français et Prussiens auraient fêté ensemble le même événement, pendant que la France humiliée eût vu passer ces réjouissances de la victoire implacable et du fanatisme révolutionnaire. Et voilà comment les radicaux ont la prétention de servir leur pays dans ce temps de vacances ! N’est-ce pas étrangement employer des loisirs qu’on pourrait consacrer à tous les intérêts publics ?

Pourquoi tient-on absolument à nous donner un rôle, ne fût-ce que celui d’écouteurs aux portes, dans la pièce diplomatique à grand spectacle qui va se jouer à Berlin ? De quels commentaires, de quelles conjectures de fantaisie, de quelles mystifications cette entrevue des trois