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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/236

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 août 1872.

À voir comment les choses se passent, comment on oublie les misères d’hier et les difficultés de demain pour se livrer à tous ces jeux assourdissans des vaines paroles, des inventions futiles et des polémiques oiseuses, on serait tenté de croire que ce temps de vacances donné pour le repos et le recueillement a été créé pour être le règne du commérage et de la mystification. Le rôle du commérage et de la déclamation banale dans la politique, ce serait un chapitre curieux et malheureusement d’un cruel à-propos. Que voulez-vous ? la France a sans doute des loisirs ! Les Prussiens ne sont plus à Nancy et à Belfort. L’emprunt, qui a été l’éclatante attestation de notre crédit, a été payé tout entier, et on a pu donner un congé définitif à l’invasion. Les ruines de la guerre et de la révolution sont réparées. Nous ne portons plus au flanc l’horrible plaie de nos provinces perdues, et les Alsaciens ou les Lorrains n’ont plus à se sauver nuitamment, à déjouer la surveillance allemande pour venir réclamer le droit de servir encore sous le drapeau de leur vieille patrie. Non, tout cela n’existe plus, ces deux années n’ont été qu’un mauvais rêve, le moment est venu de reprendre cette bonne vie d’autrefois où l’on s’amusait de tout, où la France, enfoncée dans sa mollesse élégante et dans son scepticisme corrupteur, pardonnait tout, pourvu qu’on flattât sa curiosité, sa vanité et quelquefois ses passions ! On dirait vraiment qu’il en est ainsi, qu’on a tout oublié, tant nous sommes envahis depuis quelques semaines par tous les bavardages et les histoires de fantaisie. La France, pour son malheur, a été trop souvent une nation aimant à être trompée ou amusée par ceux qui se chargent de nourrir son esprit et son imagination. On ne s’en apercevait pas toujours au temps des prospérités. Maintenant que le pays a subi les plus terribles épreuves, que les événemens lui ont laissé une existence lourde à porter, un avenir difficile, il y a une sorte de contraste poignant entre tant de réalités douloureuses et ce déchaînement de déclamations, d’inventions frivoles,