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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/186

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RITA
SOUVENIR D’UN VOYAGE DANS L’ATLANTIQUE

Il y a longtemps déjà, le navire belge le Rubens, sur lequel je me rendais aux Indes orientales en qualité de passager, se brisait sur les récifs qui entourent l’île de Boa-Vista. L’équipage, composé de seize personnes, gagna difficilement la terre à l’aide de deux embarcations; il fut recueilli par un mulâtre qui remplissait dans cette possession portugaise les fonctions de vice-consul anglais.

Notre désastre avait été complet. Boa-Vista n’offrait aucune ressource; le pays est pauvre, aride, désolé, et ravagé par des fièvres pernicieuses. Je dus m’embarquer pour aller chercher des secours à Porto-Praya de San-Yago, c’est le nom de la capitale du misérable archipel du Cap-Vert. Je partis en compagnie de six noirs originaires de la côte occidentale d’Afrique. Après huit jours d’une périlleuse traversée, j’eus l’heureuse fortune d’arriver au terme du voyage sans aucune des mésaventures qui pouvaient aisément survenir pendant le cours d’une navigation faite à contre-mousson, avec un équipage de couleur, dans un canot non ponté, en plein Océan-Atlantique. Conduit le lendemain de mon arrivée à San-Yago en présence d’un jeune homme à l’âme bonne et généreuse, nommé Francisco Cardozzo de Mello, je devins aussitôt son protégé. Quelques jours après, le brick portugais le Funchal fut affrété par de Mello avec mission d’aller chercher mes compagnons sur l’îlot où je les avais laissés, et de nous transporter ensuite à Lisbonne.

Au moment de quitter Boa-Vista, un jeune Suédois, appelé Christian, novice à bord du Rubens, ne se présenta pas. Cette disparition nous surprit, car il connaissait l’heure fixée pour le départ du brick. Le vent étant très propice, le capitaine du Funchal mit à la