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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/162

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tation de la verve bachique et plébéienne des chansons de Pierre Dupont et de Gustave Matthieu, si célèbres il y a quelques années dans le public démocratique. Il y a de la vivacité, du mouvement, des tours heureux, et même du rhythme dans cette petite chanson dont nous voulons citer quelques couplets :

Les vignerons de l’Armançon,
Pays d’Auxois, Basse-Bourgogne,
Jadis ont choisi pour patron
Le meilleur d’entre eux en besogne.
C’est le grand saint Vernier;
Il était tonnelier
Et vigneron pendant sa vie;
Sa vigne s’étendait
De Preste en Mondrejay,
Tout au fond du vallon blottie.

A sa fête le deux janvier,
Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il gèle,
Ou que, comme un blanc tablier,
La neige en flocons s’amoncelle,
A minuit saint Vernier,
Les bras chargés d’osier.
Revient, trottant parmi les treilles,
Ses pieds dans des sabots,
Sur son dos l’hotriau [1]
Il chante! prêtons-lui l’oreille.

Bon compagnon du bois tortu.
Dit-il, tes douleurs sont passées.
Pour toi l’espoir est revenu
Avecque la nouvelle année...
………………
Le sarment pleure et le bourgeon,
Dans sa barbe de laine blanche,
Se gonfle, éclate et montre au fond
Le raisin, ses feuilles, sa branche.
Le Messie apparaît,
Ce petit chapelet.
C’est lui! Dieu veuille le soustraire
A la bise de mai,
Car celui qui l’a fait.
Et qui tout fait, peut tout défaire.

Mais voici qu’il a passé fleurs.
L’été s’en va, voici l’automne.
Voici les joyeux vendangeurs.
De leurs cris le coteau résonne.
Et sous ton pied, foulant

  1. La rime est exécrable, mais, comme dans les chansons réellement populaires la simple assonance tient fréquemment lieu de rime, les auteurs peuvent répondre qu’ils ont commis cette incorrection pour être plus près de leurs modèles.