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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/156

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Le Mémoire historique de Ponthus de Thiard nous apprend peu de chose sur le caractère et les dispositions morales de la population, et cependant on peut induire assez aisément de l’ensemble de faits qu’il présente que de tout temps l’esprit le plus foncièrement bourgeois, c’est-à-dire un esprit à la fois conservateur et plébéien, a régné dans cette petite ville. Jamais Semur n’a épousé avec une passion exclusive ou ardente aucune des grandes causes qui nous ont divisés dans le cours de notre histoire. Ses habitans se sont toujours distingués par une certaine fidélité envers leurs maîtres, fidélité fort prosaïque et banale, où l’on n’aperçoit aucune force d’amour ni aucune profondeur de convictions : selon les temps et les circonstances, on les voit fidèles aux ducs de la maison de Valois, partisans de Mayenne et de la ligue, royalistes avec Henri IV et la dynastie des Bourbons; mais leur affection ne semble avoir jamais survécu longtemps à la défaite du drapeau qu’ils avaient arboré et défendu. Leur politique locale fut aussi pacifique que leur politique générale fut tiède. Dès l’origine de l’érection de Semur en commune, c’est-à-dire depuis le premier tiers du XIIIe siècle, on les voit se gouverner fort paisiblement par le moyen de leurs six échevins élus, présidés par le bailli d’Auxois, la seule autorité qui chez eux relevât des ducs. Si ce n’est pas là une population d’hommes libres dans le beau sens du mot, c’est au moins une population de bourgeois indépendans, maîtres chez eux, et qui, comme dit le peuple, n’ont jamais été gênés dans leurs entournures. Tel est le trait principal qui ressort du mémoire de Ponthus de Thiard; mais il existe à Semur un document autrement riche et autrement indestructible, qui proclame que de tout temps l’esprit bourgeois et plébéien, sinon absolument démocratique, prévalut à Semur, et ce document n’est rien moins que la cathédrale même de cette ville.

La même différence singulière que nous avons observée entre l’aspect extérieur de la ville et son aspect intérieur se remarque dans cette cathédrale, dont l’origine et la première histoire sont foncièrement féodales, et dont la décoration est entièrement démocratique. Par la date de sa fondation, elle nous ramène au berceau de notre monarchie, car le fondateur ne fut autre que le premier duc héréditaire de famille capétienne, Robert dit le Vieux, fils du pieux roi Robert et frère du roi Henri Ier, le seul mauvais prince qui ait, je crois, gouverné la Bourgogne. Une courte anecdote, qui peint merveilleusement les mœurs de l’époque et le prodigieux pouvoir de la religion à cette date du moyen âge, mettra le lecteur à même de juger de la violence du personnage. Un de ses officiers avait volé la génisse d’un paysan et refusait de la rendre; un moine