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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/153

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IMPRESSIONS
DE VOYAGE ET D’ART

V.
SOUVENIRS DE BOURGOGNE [1].


SEMUR EN AUXOIS.

Stendhal, qui ménageait peu les expressions lorsque son goût était blessé ou que ses antipathies étaient en jeu, ne s’est pas gêné pour écrire tout net que la riche Côte-d’Or était le plus laid pays de France. Point n’est besoin d’une exagération aussi cassante pour mettre à son rang la nature de Bourgogne. Il est certain que la partie la plus pittoresque de cette province est justement celle que traverse le chemin de fer de Lyon-Méditerranée : c’est Joigny, c’est Tonnerre, c’est Montbard, c’est surtout la grasse et riante vallée de l’Ouche aux portes de Dijon; mais, dès qu’on s’écarte tant soit peu de cette ligne droite, les occasions ne manquent pas de s’assurer que dans la nature comme dans le monde richesse n’est pas synonyme de beauté. Quelle triste et monotone campagne par exemple que celle de l’Auxerrois avec ses monticules blanchâtres et pelés semblables à d’énormes crânes chauves et ses plaines sans arbres! Quel pays désagréablement accidenté que celui qui s’étend d’Avallon à Semur avec ses éternelles gibbosités sans caractère ! et lorsqu’on dépasse Dijon, comme ces riches plaines où se récoltent les plus fameux crus de Bourgogne sont ennuyeuses au regard et laissent l’imagination lourde ! Les beaux paysages et les situations

  1. Voyez la Revue du 1er juillet.