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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/148

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ramener à des idées plus saines une population égarée; mais, si la révolte était momentanément comprimée, les doctrines qui l’avaient suscitée gardaient leurs adeptes. Les principes répandus par les émigrés de Wassenberg demeuraient chers aux hommes des gildes. Les radicaux ne perdirent pas courage et n’acceptèrent point les faits accomplis comme une irrémédiable défaite. Si leurs apôtres avaient abandonné la ville, ils restaient en relations avec les partisans qu’ils s’y étaient faits. Rothmann leur servait d’intermédiaire. Si la chaire leur était fermée, ils avaient encore la presse. Des écrits destinés à soutenir leurs idées circulaient dans le peuple. Les luthériens y étaient représentés comme les oppresseurs de la liberté chrétienne. Tandis que Van der Wieck ne songeait qu’à repousser les prétentions de l’évêque et du chapitre, cette sourde propagande gangrenait les classes inférieures. Rothmann réveillait chez les gildes une agitation d’où pouvait sortir un nouveau conflit.

Le parti luthérien, qui s’imaginait avoir assuré l’ordre, tournait ses sévérités contre les catholiques, dont les menées l’inquiétaient. Quelques mois auparavant, le 4 mai, l’évêque était venu à Münster recevoir le serment de fidélité des habitans. Malgré les fêtes qui accompagnèrent cette solennité, on avait pu se convaincre, aux mesures prises, des sentimens profondément hostiles que le gros de la population nourrissait à l’égard du prélat, auquel elle ne savait aucun gré de la liberté religieuse qu’il venait d’octroyer. Des demandes d’argent adressées ensuite par ce prince n’avaient rencontré qu’un refus catégorique; la ville insistait sur ses franchises. Bientôt le clergé catholique avait été l’objet de mesures vexatoires; on l’avait dépouillé d’une partie de ses établissemens malgré les stipulations du 14 février. Les choses en étaient là pour les catholiques quand éclata le conflit que le syndic avait fait cesser. Depuis la transaction intervenue entre les luthériens et la faction populaire, la situation du clergé épiscopal et de leurs adhérens n’avait fait qu’empirer. Van der Wieck, dans son zèle évangélique, s’en prenait à des ennemis bien moins redoutables que ceux qui reformaient leur armée dans l’ombre. Cependant l’imminence du péril devait lui dessiller les yeux. Il s’aperçut que la transaction n’avait été qu’un palliatif, et recommença la lutte contre les radicaux; mais les moyens auxquels on avait eu recours pour rétablir à Münster l’orthodoxie protestante tournaient précisément contre les intentions qui les avaient dictés. Les pasteurs envoyés par le landgrave étaient plus occupés de combattre le catholicisme que de résister aux entraînemens du radicalisme religieux. Aussi cherchèrent-ils à s’entendre avec Rothmann. Celui-ci, en dépit des mesures prises contre ceux qu’il s’était récemment donnés pour collaborateurs, gardait sur la population de